Cet article a pour sujet l'Antichrist selon la Bible qui peut être identifié à un principe religieux mauvais ou à un personnage réel.

Source: Espérer contre toute espérance. 8 pages.

L'Antichrist

  1. L’Ancien Testament
  2. Le Nouveau Testament
    a. Les Évangiles
    b. Les épîtres
    c. Les lettres de Jean
    d. L’Apocalypse de Jean
    e. Les lettres de Paul
  3. Identification historique?

1. L’Ancien Testament🔗

Au début du chapitre qu’il consacre à l’Antichrist, le professeur G.C. Berkouwer, dans son ouvrage Le retour du Christ (traduction anglaise), expose la position biblique de la manière suivante :

« La toute première impression de nombre de chrétiens qui entendent parler de l’Antichrist est celle de se trouver en présence d’un très grand mystère. […] Certains courants de pensée le situent dans des mouvements et des forces anti-chrétiens; d’autres l’identifieront avec un personnage eschatologique de la fin des temps. Il est exact que même si le personnage fera connaître ses intentions, il reste néanmoins entouré de mystère. En dépit de tout ce que nous recueillons à son sujet et des faits qui le concernent, ce que nous pourrions dire actuellement est qu’il n’est pas encore venu; nous n’en avons pas eu l’apparition. »

Si le terme d’Antichrist est néotestamentaire — ce que nous nous proposons d’examiner plus loin —, l’idée, elle, est déjà présente dans la littérature antérieure au Nouveau Testament. Les livres extracanoniques, aussi bien que ceux de l’Ancien Testament, fournissent son arrière-plan théologique. Dans la littérature apocalyptique, Satan est appelé Bélial, Shamael, Mastema. En général, on pense à une personnification réelle; on cherche à l’identifier avec un personnage historique, par exemple Pompée, qui représente le dragon. Comme tel, le personnage, quel que soit son nom, passe pour être le rival du Messie futur. C’est surtout dans la littérature canonique, notamment dans le livre du prophète Daniel, que la lumière est plus grande et vive, et les « renseignements » plus nombreux.

De l’avis de nombre d’exégètes, la « petite corne » du chapitre 7 (Dn 7.8,11,20,24,25) semblerait représenter celui qui est, plus ou moins, le précurseur de l’Antichrist du Nouveau Testament. « Il prononcera des paroles contre le Très-Haut, opprimera ses saints, et cherchera à changer les temps et la loi » (Dn 7.25). Dans son commentaire sur Daniel, Edward Young avance l’idée que cette petite corne représente l’homme d’iniquité dont parle le Nouveau Testament. Bien qu’il y eut un accomplissement de la prédiction daniélique dans le cas d’Antiochus Épiphane, le roi syrien qui, en l’an 168 avant notre ère, opprima les juifs, méprisa la loi et profana le Temple (1 Maccabée 1.49), plusieurs exégètes lisent également dans ces mots une description de l’Antichrist du Nouveau Testament. Si le texte de 2 Thessaloniciens 2, dans la description de l’homme d’iniquité, introduit la figure de l’Antichrist, on est en droit de penser que ce personnage ne peut être différent de celui dont il est question dans Daniel 7.25. Tous les deux s’élèvent contre le Très-Haut et cherchent à opprimer les saints élus de Dieu.

Dans Daniel 11.36, nous avons une description plus vivante encore du roi du nord (notamment versets 20 à 39). Anthony Hoekema pense que la figure cadre parfaitement avec Antiochus Épiphane, mais à la suite d’autres interprètes, il dit que le verset 36 peut également s’appliquer au personnage mentionné dans le Nouveau Testament. Reprenant à son compte l’idée de E. Young, il rappelle que le terme s’applique non seulement, ou exclusivement, au roi syrien, mais encore à l’Antichrist futur.

Les deux passages de Daniel contenant l’expression l’abomination de la désolation retiendront notre attention. Daniel 11.31 s’applique parfaitement à la profanation du Temple par Antiochus. Le tyranneau païen consacra le sanctuaire de l’Éternel au dieu Zeus. Il abolit le sacrifice perpétuel et les offrandes juives pour leur substituer des sacrifices païens, y compris celui d’un porc, ce qui était le comble de la profanation aux yeux d’un juif pieux. D’après les livres de 1 Maccabées 1.45-46 et 2 Maccabées 6.2, il plaça un autel païen au-dessus de celui du Dieu d’Israël. C’est pourquoi nombre de commentateurs n’hésitent pas à voir dans le personnage daniélique la figure même d’Antiochus Épiphane. Ce roi païen ne représentait pas un pouvoir simplement politique, mais il symbolisait encore une oppression religieuse radicale en substituant à la révélation, qu’il profanait, une religion païenne. Se comportant en ennemi de Dieu, il assaillait sa révélation dans le Temple et sur l’autel de Jérusalem.

2. Le Nouveau Testament🔗

Les données du Nouveau Testament devront être, tout naturellement, examinées à la lumière de cet arrière-plan biblique et historique.

a. Les Évangiles🔗

Un très bref aperçu d’abord sur les Évangiles et les discours de Jésus.

En réalité, les Évangiles n’offrent pas une quantité de renseignements. En vain y chercherions-nous des traits bien dessinés d’un personnage concret nommé Antichrist. D’après certains spécialistes, seule l’allusion à l’apparition des faux prophètes et des faux christs (Mt 7.15; 24.11,24) offrirait une vague indication sur le thème. Toutefois, nous ferons remarquer qu’un faux Christ n’est pas forcément l’Antichrist. De très nombreux faux christs avaient apparu au cours de l’histoire juive. En un certain sens, le faux Christ ne peut apparaître qu’en dehors de l’Église, parmi les rangs de ceux qui rejettent la vérité apportée par le Christ. Les paroles de Jésus dans Jean 5.43 appuient une telle interprétation. « Je suis venu au nom du Père et vous ne me recevez pas, si quelqu’un d’autre vient en son propre nom, vous le recevrez. » Cet autre sera entendu dans un sens générique, collectif, non particulier, s’appliquant à tous les faux christs annoncés par le Seigneur et qui apparaîtront lors de la destruction de Jérusalem.

Plus clair est le discours dit du mont des Oliviers (Mt 24.15-16; Mc 13.14). Jésus prend à son compte l’expression daniélique de l’abomination de la désolation. Or, au moment où il prononce ces paroles, l’abomination de la désolation (en grec : bdelygma tes eremoséos) a déjà eu lieu. Jésus précise : « Quand vous la verrez, fuyez vers les montagnes. » Sans doute s’attendait-il à une autre abomination encore. Celle-ci aura lieu lors de la destruction de Jérusalem, lorsque Tite, le général romain, pénétrera dans la capitale pour se la soumettre, on sait dans quelles conditions atroces! Cependant, la désolation sera davantage qu’un fait physique. Tite et ses légions pénétreront dans la ville, portant des drapeaux à l’effigie de l’empereur, adoré comme dieu. Se souvenant donc des prédictions du Seigneur, les juifs croyants, ses disciples, devront s’enfuir vers les montagnes.

Néanmoins, ce discours, appelé aussi la petite Apocalypse, se rapporte à la fois à des événements proches, ceux de l’an 70 de notre ère, et à ceux devant se produire dans un avenir lointain, à la fin des temps. Par conséquent, on peut légitimement s’attendre à une troisième abomination de la désolation. Elle ne peut que coïncider avec l’apparition de l’Antichrist de la fin des temps, qui, selon 2 Thessaloniciens 2.4, s’exaltera, se fera adorer et cherchera à occuper le siège même de Dieu et à se proclamer dieu.

Ainsi que le note à cet endroit A. Hoekema, ce discours du Seigneur, et tout l’enseignement du Nouveau Testament, a un antécédent vétérotestamentaire, et on peut à juste titre considérer aussi bien Antiochus que Tite comme des figures de l’Antichrist final. Bien qu’on soit en droit de s’attendre à un Antichrist eschatologique, il y eut déjà dans le passé de nombreux antichrists adonnés à l’iniquité la plus radicale. Sans infirmer notre thèse, nous ajouterons également que les faux christs et les faux prophètes se trouvent parmi les signes annonciateurs de l’Antichrist. Hoekema fait ressortir le fait que Paul mentionne des signes et des prodiges accomplis par le personnage de l’Antichrist (2 Th 2.9). Il précise toutefois que les paroles de Jésus relatives aux faux christs et aux faux prophètes annonçaient la présence de ce personnage déjà tout au long de l’histoire.

L’auteur de l’article consacré à l’Antichrist dans Encyclopedia of Christianity ne semble pas être de cet avis. L’expression l’abomination de la désolation se réfère à une pratique idolâtre plus qu’à un personnage. Le passage parallèle de Luc 21.20 n’autorise pas, conclut-il, à une telle identification. S’adressant à des lecteurs non-juifs, pour qui les expressions et les termes juifs ne signifiaient pas grand-chose, Luc cherche à rattacher le terme davantage à la pollution du Temple, ce qui offrait à Jésus l’occasion de prononcer son jugement (Mt 23.38). C’est se livrer à une haute spéculation que d’émettre l’hypothèse de l’identification de l’Antichrist avec l’abomination de la désolation, conclut l’auteur.

b. Les épîtres🔗

Nous nous permettrons de rappeler l’orthographe correcte du terme : Antichrist, et non Antéchrist (anti, du grec, qui signifie « opposé à », « rival »; tandis que anté vient du latin et signifie « précédant le… »).

L’Antichrist du Nouveau Testament est le menteur et le trompeur par excellence qui cherche à égarer le peuple de l’Église. Toutefois, nous n’avons pas à nous inquiéter : La victoire du Christ est réelle. Ainsi, au lieu de sombrer dans la panique, les fidèles seront rassurés et se réjouiront en dépit même de l’activité de ce personnage énigmatique et néfaste. Il ne devrait donc pas fournir des motifs ni de panique ni de pessimisme.

c. Les lettres de Jean🔗

Ce sont les lettres johanniques qui emploient le terme. Non seulement il est Antichrist, opposant et rival du Christ, mais encore il cherche à se substituer à lui (1 Jn 2.18,22; 4.3; 2 Jn 1.7).

Dans 1 Jean 4.2-3, le terme se trouve employé dans un sens impersonnel. On se souvient du combat que menait l’apôtre contre l’hérésie gnostique, erreur doctrinale très grave, répandue dans l’Église et qui niait l’incarnation du Fils. Les tenants de cette philosophie religieuse se demandaient comment il se pouvait que Dieu, qui était pur Esprit, pouvait entrer en rapport avec la matière et revêtir un corps physique, voire s’assujettir au mal. Pendant son séjour sur terre, le Christ n’aurait eu que l’apparence (dokein) du corps!

Aux yeux de l’apôtre, cette doctrine anéantissait le message de l’Évangile tout entier. Car si le Christ ne s’était pas incarné véritablement en revêtant notre chair humaine, il n’aurait pu accomplir l’expiation et devenir le Médiateur. Aussi la négation de l’incarnation du Fils ne pouvait être que le fait de l’Antichrist. Mais, à cet endroit, note A. Hoekema, l’auteur emploie le terme dans un sens impersonnel.

1 Jean 2.22 reprend la même idée. Ici, l’article défini laisse entendre que l’apôtre emploie le terme pour désigner un personnage. En tant que tel, il est déjà présent. Il représente un groupe défini de personnes. Et de nouveau, c’est une doctrine hérétique, docétique, du Christ qui est visée et réfutée. Car cette erreur conçoit le Christ en termes de simple humanité, tandis que la non-humanité, la divinité de Jésus n’est pensée qu’en termes de pure apparence. La deuxième lettre de Jean emploie le terme dans un sens personnel.

Toutefois, ici encore le terme désigne un groupe religieux, des opposants au Christ. Au temps de Jean, il y avait déjà des antichrists. L’Antichrist au singulier devient une sorte de personnage inclusif, représentant plusieurs antichrists. Qu’il nous soit permis de conclure que, d’après les textes johanniques, l’Antichrist peut désigner à la fois un personnage et un principe religieux.

Plus intéressant encore nous semble être 1 Jean 2.18 dans la représentation eschatologique qu’il fait du personnage. L’auteur pense à lui en tant que figure du futur, mais déjà présente et active. L’apôtre s’attend sans doute à l’apparition d’un Antichrist personnel. Connaît-il aussi l’homme d’iniquité paulinien? C’est fort probable, puisque la lettre de Paul avait été rédigée avant la sienne. Il est aussi familier, sans aucun doute, des textes daniéliques, et surtout des discours de Jésus. Pour lui, les faux docteurs sont des précurseurs du personnage eschatologique devant apparaître à la fin des temps. Il laisse entendre qu’à chaque génération, nous aurons à nous attendre à leur présence. L’âge de l’Église sera placé sous le signe d’une erreur fondamentale, celle de la négation explicite de l’incarnation du Fils.

Une certitude ressort clairement de notre lecture des textes johanniques : l’ambivalence du terme! Selon l’auteur, tout esprit anti-chrétien est l’esprit de l’Antichrist. Toutefois, ce personnage devra encore apparaître, il faut donc rester vigilant.

d. L’Apocalypse de Jean🔗

Le dernier livre du recueil du Nouveau Testament ne contient ni le terme d’Antichrist ni celui d’homme d’iniquité. Toutefois, certains passages le laissent entendre et nous permettent d’en discerner les traits. La bête, le dragon rouge, le faux prophète, la grande prostituée pourraient tenir lieu de ce ou ces personnages. Il n’est certes pas très aisé de les identifier avec clarté. Il est fort possible que ces figures soient les symboles de deux personnages. Le dragon rouge d’Apocalypse 12.3 est vraisemblablement la bête de 11.7 et de 13.1; le faux prophète de 16.13 pourrait bien se confondre avec la bête de 13.11 ou la prostituée de 17.3. Apocalypse 20.10 ne mentionne que la bête et le faux prophète.

Le dragon et la prostituée en sont absents. Le dragon rouge aux sept têtes et aux dix cornes est une figure symbolique représentant sept empires païens, tous animés de l’esprit de Satan et opposés à la véritable religion révélée. La première bête d’Apocalypse 13 possède sept têtes et dix cornes, elle est semblable au dragon. Les six premiers empires sont l’Égypte, l’Assyrie, la Babylonie, les Mèdes et les Perses, la Grèce et enfin Rome. Tous ont eu une longue histoire d’opposition à Dieu. D’après 17.10, les cinq rois sont tombés, l’un est encore au pouvoir, mais le septième doit venir. On pourra conclure, sans se tromper, que le sixième roi est l’empereur romain et la bête le pouvoir civil qui s’oppose à l’Église et l’opprime.

Dans ce cas, on ne peut facilement identifier la bête et le dragon avec l’Antichrist ou l’homme d’iniquité. Aussi bien Jean que Paul attirent notre attention vers un système de pensée en rapport avec la foi chrétienne et laissent entendre que l’Antichrist sortira du sein des fidèles. Or aucun empereur romain ne pourrait dans ce cas être l’Antichrist et s’opposer à Dieu à la manière dont se comportera le personnage en question.

e. Les lettres de Paul🔗

Dans les écrits pauliniens, c’est naturellement 2 Thessaloniciens 2 qui retiendra particulièrement notre attention. Le terme d’Antichrist n’y figure pas. Les circonstances de la rédaction de cette lettre nous permettent de comprendre la raison de cette absence. On se rappellera que la première lettre de Paul aux Thessaloniciens avait créé des remous quant à l’attente du retour du Christ. Les premiers chrétiens convertis s’attendaient à un avènement imminent du Seigneur.

Pour dissiper des malentendus et pour éviter de fausses impressions, l’apôtre avait rédigé sa seconde lettre dans laquelle il cherchait à clarifier et à rendre plus explicite encore sa pensée. Il y développe sa théologie de la fin des temps. Il annonce alors la grande apostasie qui précédera le retour du Christ. C’est alors qu’apparaîtra l’homme d’iniquité. Il s’établira dans le Temple de Dieu, s’exaltera et s’opposera à Dieu. Il fera des prodiges et des signes, il mettra son pouvoir au service de Satan, il trompera ceux qui refusent la vérité. Cependant, à la fin il sera anéanti par le souffle du Christ et disparaîtra définitivement de la scène. Mais, précise l’apôtre, l’esprit d’iniquité se livre déjà à cette œuvre de mensonge. Il fait comprendre qu’il sera ou qu’il est issu de l’Église. Dans la théologie de Paul, le Temple de Dieu désigne le peuple de Dieu, son Église et nullement un édifice matériel; ce qui, disons-le en passant, renforce notre argument de l’impossibilité d’une reconstruction du Temple liée aux prophéties bibliques. Nous citons dans les grandes lignes ce que A. Hoekema consacre à l’idée de Paul.

  1. Il sera issu de la grande apostasie. Au jour du Seigneur, la rébellion sera à son comble.

  2. Il sera un personnage. La description donnée sur cette page ne peut suggérer autre chose qu’une personne définie. Il est l’homme d’iniquité, le fils de la perdition, celui qui s’oppose à Dieu et s’exalte, qui prend la place de Dieu dans le Temple. Quelque chose ou quelqu’un le retient, mais il sera révélé en son temps. Bien que l’esprit d’iniquité soit déjà à l’œuvre, ce n’est qu’à la fin que l’homme d’iniquité se révélera, avant que ne revienne le Christ. À cet égard, souligne le théologien américain, il n’existe pas de divergence entre Jean et Paul.

  3. L’homme d’iniquité fera l’objet d’un culte. Non seulement il s’opposera à Dieu, mais encore il cherchera à se substituer à lui. Il se déclarera Dieu. Il s’opposera à toute autre forme de culte, sauf à celui qui lui sera voué. « Or s’asseoir dans le Temple n’est qu’un attribut ou une prérogative divine, et c’est une arrogance, une démesure que de s’attribuer ce qui n’est dû qu’à Dieu » (H. Ridderbos). Cette usurpation aboutira à la persécution violente du peuple de Dieu.

  4. Il aura recours à des miracles trompeurs et à un faux enseignement. Il apparaîtra comme la parfaite contrefaçon du Christ, comme le messager, et il opérera des signes et des miracles.

  5. Il apparaîtra après que celui qui le retient lui aura accordé l’autorisation de se faire voir. Qu’est-ce qui le retient? S’agit-il d’une personne ou bien d’une réalité ou d’un pouvoir impersonnels? Certains ont songé à l’Empire romain, d’autres à la proclamation de l’Évangile. Les dispensationalistes pensent au Saint-Esprit. Pour Hoekema, il est plus certain d’affirmer que nous ne savons vraiment qui ou quoi retient l’apparition de l’homme d’iniquité.

  6. Enfin, il sera écrasé et éliminé par Christ. Bien que son apparition amènera une somme indescriptible de souffrance, nous pouvons nous réjouir de la victoire définitive remportée par Christ sur son rival et son « substitut ».

En reprenant certaines de nos thèses relatives à l’identification du personnage, qu’il nous soit permis de rappeler que l’Antichrist, ou l’homme d’iniquité, n’est pas simplement un personnage unique, mais peut encore représenter soit plusieurs personnages, soit encore un principe spirituel anti-théiste.

On ne saurait également l’identifier à des personnages historiques, païens ou juifs, on encore à des dictateurs athées. D’après les deux sources du Nouveau Testament, Jean et Paul, il est issu de l’Église chrétienne. En lisant par exemple « le fils de la perdition », nous pourrions songer à Judas l’Iscariote. Celui-ci trahit son Maître par un baiser hypocrite. Or, on ne pourrait s’attendre à un tel geste de la part d’un empereur païen ni des pires persécuteurs de l’Église…

En son temps, l’homme de péché sera révélé au grand jour, mais il sera aussi détruit lors de l’avènement du Christ. Certains exégètes situent sa destruction lors d’un événement cataclysmique de la fin. Mais s’il s’agit d’un principe religieux, on ne peut pas forcément s’attendre à une destruction physique. S’il s’agit d’une lutte théologique, la destruction viendra par la seule proclamation de la Parole du Christ. La bouche du Seigneur et l’épée de l’Esprit renforcent cette idée-là. Déjà, Satan était vaincu par le sang de l’Agneau.

3. Identification historique?🔗

Après la fin de l’âge apostolique, l’Église a considéré l’Antichrist comme un personnage plutôt que comme un système religieux impersonnel. Les Pères de l’Église, quoiqu’ils s’attendissent à son avènement, ne l’ont pas précisément identifié.

Selon Augustin, le terme s’appliquerait non seulement à un prince apostat, mais encore à tous ses successeurs et partisans. D’après lui, il n’est pas certain qu’il s’établisse dans les ruines du Temple de Salomon ou dans l’Église, car l’apôtre n’aurait jamais appelé Temple un sanctuaire voué à un démon1.

Au cours du Moyen Âge, les idées d’Augustin et de Tychonius, qui avait influencé le premier, prévalurent largement. Bien que ce dernier fût donatiste, sa méthode d’interprétation fut adoptée par Augustin. Albigeois, vaudois et hussites identifièrent sans hésiter la papauté avec l’Antichrist. Les réformateurs, Luther, Calvin, Zwingli adoptèrent la même idée. À ce jour, nombre de confessions de foi luthériennes et réformées la maintiennent. « Si le pape n’est pas l’Antichrist, il aura beaucoup de peine à prouver qui il est exactement », écrit un auteur cité par Ph. E. Hughes. Sans nous prononcer à ce sujet aussi catégoriquement que l’ont fait nos pères spirituels, il nous semble que nous devrions, avec grande urgence, attirer l’attention des Églises issues de la Réforme sur des théologies dites protestantes qui, d’une manière absolument scandaleuse, offrent tous les signes et toutes les preuves de leur inspiration et de leurs activités antichristiques,

Si l’on peut souscrire à l’idée que l’Antichrist sera une figure eschatologique, soulignons le fait aussi que nous avons admis la possibilité de le discerner dans des principes théologiques hérétiques. Notre époque est fertile en toutes sortes d’aberrations, y compris la proclamation de la mort de Dieu. Notre parcelle de l’histoire est le temps tristement privilégié de l’apparition de l’Antichrist au sein des Églises chrétiennes. Tout ce qui au sein de l’Église milite contre la saine doctrine représente l’iniquité par excellence dénoncée par Paul et est l’auxiliaire de l’Antichrist de Jean. Les premiers chrétiens, eux, savaient bien à quoi s’en tenir sur le sujet et sur le personnage. Ils s’armaient pour combattre l’erreur et étaient résolus à témoigner, quel qu’en fût le prix, de la vérité révélée et d’elle seule.

Enfin, concluons en nous rappelant à propos de tout ce qui touche à l’eschatologie biblique qu’aucun élément des événements contemporains ne saurait à lui seul épuiser le mystère de l’iniquité. Soyons certains que l’Antichrist apparaîtra pour plonger l’Église dans une tribulation insoutenable. Berkouwer nous adresse un sage avertissement. S’il est vrai que dans le passé on a identifié l’Antichrist avec tel ou tel personnage, on en avait le droit. Car il y a toujours eu chez les précurseurs historiques la manifestation de son esprit et de ses activités, ce qui devrait nous empêcher de voir partout, et chez tous, des antichrists; quoique, et ce simultanément, ceci devrait nous rendre vigilants à l’égard de tout dans notre attente fidèle du retour du Christ.