Pasteur, ouvrez la Parole
Pasteur, ouvrez la Parole
Ma visite a ressemblé à d’autres visites chez cette sœur âgée.
Le temps semblait s’éterniser. La conversation manquait de direction. Elle avait du mal à entendre et à parler. Lorsqu’elle parlait, elle disait les mêmes choses que depuis la première fois que j’étais allé la voir à la maison de retraite, quelques années auparavant.
Elle a évoqué avec tendresse le fait qu’elle voyait régulièrement sa sœur (sa fille, en fait) et a commenté une fois de plus les jardins colorés derrière sa fenêtre, le temps estival agréable et sa chambre joliment décorée. Et comme d’habitude, elle s’est demandé qui j’étais : Son médecin de famille? Non, son pasteur.
Après avoir essayé de faire avancer la conversation pendant environ une demi-heure, j’ai décidé que le temps était venu de lire les Écritures avec elle.
Et c’est lorsque j’ai ouvert la Parole que quelque chose de remarquable s’est produit.
J’ai commencé à lire le Psaume 46 et alors une paix tangible l’a envahie. Elle a cessé de s’agiter avec ses mains. Son regard inquiet se fixa alors sur moi. Après le dernier verset, « L’Éternel des armées est avec nous, le Dieu de Jacob est pour nous une haute retraite », elle s’est accrochée.
Elle s’accrochait à cette petite vérité, à ce fragment du psaume : « L’Éternel est avec moi. » Elle l’a répété plus d’une fois. Elle se l’est dit doucement à elle-même, puis à moi, toujours doucement, mais avec conviction.
Soudain, les phrases qu’elle s’était efforcée d’enchaîner ont fusionné en une belle confession : « Le Seigneur est avec moi, a-t-elle dit, c’est si bon de le savoir. La vie serait tellement difficile s’il n’était pas avec nous. Oui, le Seigneur est avec moi. »
Qu’est-ce qu’un pasteur peut attendre de plus d’une visite à une personne de 94 ans atteinte de démence? Pendant un instant, elle m’a donné un aperçu de l’état de son âme, et j’ai su que tout allait bien pour elle. Elle a rendu un témoignage que chacun d’entre nous devrait vouloir prononcer et embrasser tout au long de sa vie : « Le Seigneur est avec moi. » En effet, c’est en cette vérité que réside tout l’Évangile.
En ce jour d’été, cette sœur m’a enseigné une leçon importante, à savoir qu’on ne doit jamais sous-estimer la puissance de la Parole de Dieu. Les saintes Écritures constituent le meilleur outil et la ressource la plus riche du pasteur.
« Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus acérée qu’aucune épée à double tranchant; elle pénètre jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles; elle est juge des sentiments et des pensées du cœur » (Hé 4.12).
Le privilège de prononcer cette parole vivante et active dans la vie des gens constitue l’élément distinctif des soins pastoraux. Quelle que soit la compassion ou l’intelligence d’un pasteur, il ne peut pas lui-même nourrir adéquatement les brebis du Christ, et encore moins s’occuper de leurs peines et de leurs blessures spirituelles. Ce dont il a besoin — et ce dont elles ont besoin — c’est de la vérité immuable et puissante de la Parole de Dieu.
Lors d’une visite, un pasteur peut facilement se tourner à nouveau vers les paroles bien aimées du Psaume 23, de Romains 8 ou du Psaume 121, et les énumérer comme tant d’autres fois auparavant. Parfois, lors d’une visite pastorale, ces passages représentent les lectures idéales. Mais nous pouvons communiquer tant d’autres trésors bibliques aux personnes que nous visitons.
Proverbes 15.23 dit : « C’est une joie pour l’homme quand il donne une réponse de sa bouche; et combien est bonne une parole dite à propos! » Pour prononcer une parole « à propos » ou « de circonstance », nous devons réfléchir attentivement à la personne à qui nous allons rendre visite. Nous devons réfléchir à sa situation et considérer quelle parole de Dieu pourrait s’avérer utile ou nécessaire pour elle.
En effet, l’Écriture peut remplir de nombreuses fonctions lors d’une visite pastorale. Elle réconforte les personnes en deuil, guide les personnes confuses, réprimande les pécheurs, exhorte les personnes complaisantes, enseigne les ignorants, rassure les personnes qui doutent, inspire les personnes découragées, enhardit les personnes craintives et fortifie les personnes affaiblies.
Un pasteur ne sait pas toujours, bien sûr, quel passage des Écritures est approprié, mais c’est quelque chose qu’il peut apprendre. Une fois encore, la sagesse des Proverbes nous guide : « Le cœur du juste médite pour répondre » (Pr 15.28). Ici, nous comprenons que nous pouvons nous entraîner à transmettre la vérité de Dieu avec profit. Les Écritures donneront aux pasteurs des éléments utiles à transmettre à une personne concernant son anxiété, la prière, l’éducation des enfants, la tentation sexuelle, la souffrance prolongée ou l’espérance de la vie éternelle. Paul rappelle à Timothée que, lorsque les pasteurs connaissent la Parole, celle-ci est utile pour les préparer à toute œuvre bonne (2 Tm 3.16-17).
De plus, un pasteur ne sait jamais vraiment quelle vérité une personne retiendra de cette lecture. À l’instar de cette sœur âgée atteinte de démence, quelqu’un pourrait n’en saisir qu’un fragment, s’accrocher à une phrase en passant, peut-être même passer complètement à côté du sens principal de la lecture. Et pourtant, elle pourra toujours, d’une manière ou d’une autre, en retirer encouragement, exhortation ou instruction, car le Saint-Esprit l’exprimera toujours mieux que nous.
Chaque fois que nous ouvrons sa Parole, Dieu peut démontrer sa puissance remarquable.
Après la lecture, le pasteur peut formuler quelques commentaires pour expliquer le texte ou proposer des mises en pratique, mais il veillera à ne pas obscurcir la Parole divine par ses propres commentaires maladroits. En allant rendre visite à quelqu’un, puis en repartant, le pasteur peut avoir une grande confiance dans la puissance de la Parole de Dieu, qui ne revient jamais à lui sans effet (És 55.11).
