Le mal s’autodétruit
Le mal s’autodétruit
Dans la Bible comme dans la vie quotidienne, nous assistons souvent au spectacle du mal qui parvient à s’autodétruire d’une manière ou d’une autre. Je ne parle pas des cas les plus évidents, comme celui qui s’est produit à Cleveland en 2019, lorsqu’un homme est entré dans une banque et a demandé de l’argent à une caissière, sans se rendre compte que le billet qu’il lui tendait était écrit à l’endos d’un document du Bureau des véhicules motorisés de l’Ohio. Ce document contenait son nom et son adresse, ce qui a grandement facilité la tâche des autorités chargées de l’application de la loi.
J’ai plutôt à l’esprit l’observation plus générale et plus sérieuse de Sinclair Ferguson, selon laquelle « nous ne fracassons pas tant les commandements de Dieu que nous nous fracassons nous-mêmes contre eux ». Lorsque Jonathan a combattu les Philistins, la confusion régnait à ce point que les Philistins se sont battus eux-mêmes (1 Sm 14.20) — un cas de « tir ami » avant l’invention des explosifs. Une situation très similaire s’était produite lorsque le groupe de 300 hommes de Gédéon avait vaincu les Madianites, qui s’étaient retournés les uns contre les autres (Jg 7.22). Au temps de Josaphat, tout semblait perdu et le roi pria le Seigneur : « Nous ne savons que faire, mais nos yeux sont sur toi » (2 Chr 20.12). Il en est résulté la déroute des hommes d’Ammon, de Moab et de la montagne de Séir, qui s’explique par le fait suivant :
« Les Ammonites et les Moabites se jetèrent sur les habitants des monts de Séir pour les vouer à l’interdit et les exterminer; et quand ils eurent fini avec les habitants de Séir, ils s’employèrent à s’entre-tuer » (2 Chr 20.23).
L’exemple le plus connu est sans aucun doute celui d’Haman dans le livre d’Esther. Voulant voir Mardochée pendu au gibet qu’il avait fait fabriquer spécialement pour lui, Haman a échoué dans son complot, puisqu’on a découvert ses manigances avant qu’il puisse les mettre en œuvre. Il fut donc pendu à la même potence qu’il avait destinée à un autre. « Pris à son propre piège », comme l’aurait dit Hamlet. En fait, on l’a pendu en partie pour un crime dont il n’était pas coupable — il n’avait pas essayé de molester la reine, mais il a payé pour le crime plus grave de tentative de génocide. La justice peut se montrer sévère, mais elle a été rendue par le Dieu de toute justice.
La prévalence du mal a donné lieu à des psaumes imprécatoires : « Les méchants dans leur orgueil poursuivent les malheureux, ils sont victimes des mauvais desseins qu’ils ont imaginés » (Ps 10.2). Cette prière s’est réalisée à l’époque du roi David, où les méchants ont tenté de détruire les justes, mais Dieu a fait en sorte que « leur langue les a fait trébucher » (Ps 64.9). Dans un autre psaume, David observe ceci :
« Les nations s’enfoncent dans la fosse qu’elles ont faite, leur pied se prend au filet qu’elles ont caché. L’Éternel se fait connaître, il fait droit; le méchant est pris au piège dans l’œuvre de ses mains » (Ps 9.16-17).
Les méchants utilisent tous les moyens à leur disposition pour tuer les pauvres, les démunis et les hommes droits, mais « leur épée entrera dans leur propre cœur » (Ps 37.15).
Ce principe a été illustré à maintes reprises au cours des siècles. L’invasion de l’Union soviétique par Hitler en 1941 a certainement servi de jugement sur les deux sociétés. L’expérience de George Orwell pendant la guerre civile espagnole lui a appris que le nazisme et le communisme rivalisaient entre eux pour le droit de construire des camps de concentration plus grands et plus performants. Le camp LGBTQI semble aujourd’hui moins uni que par le passé, les lesbiennes (L) s’opposant souvent aux personnes transgenres (T) au motif qu’ils avilissent les femmes. Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais le sport professionnel semble se miner lui-même par sa cupidité effrénée, sa distorsion de la réalité et son soutien coercitif à des causes impies. N’ayant pas besoin de telles illustrations, Spurgeon pouvait néanmoins commenter, presque poétiquement : « Les faussetés portent généralement leur propre réfutation quelque part autour d’elles, et se piquent elles-mêmes à mort. »
La défaite de Satan à la croix constitue certainement l’exemple le plus glorieux de l’autodestruction du mal. Ce qu’on percevait comme sa victoire la plus éclatante s’est transformé en sa déroute la plus dévastatrice. L’accusateur des frères pouvait à juste titre les accuser de péché, mais ceux-ci l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la parole de leur témoignage (Ap 12.10-11). Satan a envoyé le Christ à la croix, mais Dieu le Père l’a fait aussi. Satan a déversé sa malice; Dieu a déversé sa miséricorde. Satan a essayé de renverser toute justice, mais le Christ l’a accomplie. Le mal a semblé triompher, mais seulement pour un temps; Dieu triomphe pour l’éternité.
