Cet article a pour sujet des différences entre un bon et un mauvais écologiste. Un mauvais prendra des décisions sur la base d'informations partiales, ne tenant compte que d'un point de vue, par exemple pour le DDT et le réchauffement climatique. Il considère aussi le monde comme un système fermé aux ressources limitées.

6 pages. Traduit par Paulin Bédard

Les écologistes : comment distinguer les bons des mauvais

  1. Les signes d’un mauvais écologiste
    a. Ils prennent des décisions sur la base d’informations partiales
    b. Ils considèrent le monde comme un système fermé aux ressources limitées
  2. Conclusion

En 1997, alors qu’il préparait un exposé pour un salon scientifique, Nathan Zohner, âgé de 14 ans, a mis au point une méthode pour détecter les mauvais écologistes. La première partie de son exposé portait sur les dangers du monoxyde de dihydrogène. Il a souligné que ce produit chimique :

  • est un composant majeur des pluies acides
  • peut causer de graves brûlures
  • accélère la corrosion de nombreux métaux
  • est souvent mortel en cas d’inhalation accidentelle.

Après avoir expliqué ces risques, Nathan a interrogé son auditoire et demandé combien d’entre eux soutiendraient l’interdiction de ce produit chimique dangereux. Sur les 50 élèves interrogés, 43 appuyaient une interdiction, 6 hésitaient et un seul avait compris que le monoxyde de dihydrogène était en fait H2O, c’est-à-dire de l’eau.

Eh oui, 43 étudiants voulaient interdire l’eau. Nathan Zohner les avait dénoncés comme de mauvais écologistes.

1. Les signes d’un mauvais écologiste🔗

Certains pourraient objecter que ces étudiants n’étaient pas vraiment de mauvais écologistes, mais qu’on les avait simplement induits en erreur.

Mais comment les a-t-on induits en erreur? Nathan ne leur a jamais menti et n’a même pas exagéré la vérité. Il leur a présenté les véritables dangers de ce produit chimique. L’eau, un composant majeur des pluies acides, peut causer de graves brûlures sous sa forme gazeuse et la noyade (inhalation accidentelle d’eau) peut souvent conduire au décès. Certes, ils n’auraient pas interdit l’eau s’ils avaient su que c’en était, mais le fait est qu’ils envisageaient d’interdire un produit chimique très utile sur la base d’informations très limitées.

Ils ne sont pas les seuls. Les mauvais écologistes abondent, et certains d’entre eux exercent une grande influence. Avant que les chrétiens ne se rallient à une initiative environnementale, nous devons nous assurer que les personnes que nous écoutons sont de bons écologistes. Faire la différence entre les bons et les mauvais écologistes est souvent très difficile, mais les « mauvais » présentent au moins deux défauts que les chrétiens peuvent détecter.

a. Ils prennent des décisions sur la base d’informations partiales🔗

Ces étudiants se disaient prêts à interdire un produit chimique après avoir seulement entendu parler de ses dangers. Auraient-ils tiré une conclusion différente s’ils avaient également entendu parler des nombreux bienfaits du monoxyde de dihydrogène?

Imaginez si Nathan leur avait dit que oui, il peut causer la mort lorsqu’il est inhalé, mais que, d’un autre côté, si l’homme en est privé pendant seulement trois jours, il mourra. Et que sans lui, la croissance des plantes s’avère impossible. Tiens… ce monoxyde de dihydrogène semble un produit chimique plutôt important, n’est-ce pas? Ils n’auraient pas eu besoin de savoir que c’était de l’eau pour arriver à une conclusion différente; ils auraient juste dû connaître ses bienfaits. Le problème, c’est qu’ils ont pris une décision sur la base d’une présentation partiale.

Dans Proverbes 18.17, Dieu aborde précisément cette question. On y lit : « Le premier qui plaide sa cause paraît juste; vienne sa partie adverse, et elle lui demandera des preuves. » Lorsque nous n’entendons qu’un seul point de vue, nous ne disposons tout simplement pas de suffisamment d’informations. D’après les informations qu’avaient entendues les étudiants, interdire l’eau se justifiait logiquement. Cependant, ils ne disposaient pas de toutes les informations. Ils avaient besoin d’entendre l’autre point de vue.

Trop souvent, les écologistes ne mettent en avant qu’un seul point de vue. Le DDT constitue un exemple classique. Ce produit chimique, vilipendé depuis des décennies, a pourtant permis, depuis sa commercialisation en 1944, de sauver des millions de vies (certaines estimations parlent de 100 à 500 millions). Bien qu’utile comme insecticide à large spectre, ses résultats les plus impressionnants ont été obtenus lors de son utilisation pour lutter contre les maladies transmises par les moustiques, comme le paludisme. En 1948, par exemple, Ceylan (Sri Lanka) comptait 2 800 000 cas de paludisme signalés. En 1962, grâce à des programmes d’utilisation à grande échelle de DDT, le nombre de cas avait diminué à seulement 31. De tels résultats ont valu au Dr Paul Muller, chimiste suisse ayant breveté le DDT comme insecticide de contact, le prix Nobel de médecine.

Toutefois, vous ne pensez sans doute pas à un produit chimique bénéfique lorsque vous entendez le mot « DDT ». Vous vous souvenez plutôt des accusations portées contre ce produit dans les années 1960. À l’époque, les écologistes ont tenté de faire interdire le DDT, affirmant qu’il était :

  1. nocif pour les oiseaux, car il provoquait un amincissement de la coquille de leurs œufs;
  2. persistant dans l’environnement et ne se dégradait pas rapidement;
  3. à l’origine de maladies chez l’homme, car il s’accumulait dans les tissus adipeux humains.

Ces affirmations contenaient un certain fond de vérité, surtout la première, mais elles étaient également largement exagérées. Alors même que la pulvérisation de DDT devait faire souffrir les populations d’oiseaux aux États-Unis, la Société Audubon constatait une augmentation du nombre de la plupart des espèces d’oiseaux. La persistance du DDT dans l’environnement constituait à la fois un danger et un avantage, car elle permettait de réduire la fréquence des pulvérisations. Effectivement, le DDT s’accumulait dans les tissus adipeux des animaux et des humains, mais seulement à des niveaux très faibles qui ne s’étaient pas révélés dangereux.

Nous ne prétendons pas que le DDT est inoffensif. Son utilisation semble effectivement avoir un certain impact sur les oiseaux et, ici, dans le monde occidental, nous avions les moyens de recourir à d’autres méthodes plus sûres pour nos amis ailés. Cependant, la décision d’interdire ce produit chimique s’inscrivait dans un mouvement mondial. En 1963, dernière année de pulvérisation à grande échelle de DDT à Ceylan, le nombre de cas de paludisme avait chuté à 17. Puis ces pulvérisations ont cessé et, en 1969, soit seulement six ans plus tard, le nombre de cas était remonté à 2 500 000. L’Inde a utilisé le DDT pour faire passer le nombre de cas de paludisme d’environ 75 millions en 1951 à seulement 50 000 en 1961. Cependant, ensuite, le pays a réduit son utilisation du DDT et, en 1977, le nombre de cas de paludisme était remonté à au moins 30 millions.

Même en admettant tous les arguments avancés concernant les dangers du DDT, même en reconnaissant sa nocivité pour les oiseaux et son potentiel cancérigène, le DDT restait un moyen peu coûteux et efficace de lutter contre le paludisme. Si l’on prend en compte à la fois les risques et les avantages, le DDT s’imposait clairement comme la meilleure solution.

Bien sûr, si l’on ne considère que les risques, on devrait même interdire l’eau.

De nos jours, on observe le même genre de présentation partiale dans le débat sur le réchauffement climatique. Je viens de lire un éditorial d’Andy Crouch publié en 2005 dans Christianity Today. Il comparait l’adoption de toutes les restrictions liées au réchauffement climatique au pari de Pascal :

« Croyez en Dieu même s’il n’existe pas, affirmait Pascal, et vous ne perdrez rien. Ne croyez pas en lui alors qu’il existe réellement, et vous perdrez tout. De même, nous avons peu à perdre et beaucoup à gagner en matière de progrès technologique, de sécurité énergétique et d’efficacité économique si nous agissons dès maintenant contre le changement climatique, même si les pires prévisions ne se réalisent pas. »

Peu à perdre? Les initiatives contre le réchauffement climatique, telles que les taxes sur le carbone, les restrictions sur l’exploitation pétrolière et gazière, et le rejet croissant du charbon, font toutes grimper le coût de l’énergie. Or, la hausse des coûts énergétiques a des répercussions sur les prix des denrées alimentaires, les coûts du logement, l’accès aux médicaments, la capacité à chauffer les maisons, et bien plus encore. Comment ceux qui ont le plus à perdre, à savoir les populations pauvres et vulnérables du monde, vont-ils faire face à ces coûts supplémentaires? L’argument de Crouch néglige le fait que la mise en œuvre des mesures préconisées par les catastrophistes du réchauffement climatique engendre un coût réel et considérable. Une telle présentation aussi partiale ne saurait servir de base à des décisions responsables.

b. Ils considèrent le monde comme un système fermé aux ressources limitées🔗

En 1980, deux éminents environnementalistes, Julian Simon et Paul Ehrlich, ont conclu un pari intéressant. Simon a parié avec Ehrlich que cinq métaux choisis par ce dernier coûteraient, dix ans plus tard, moins cher qu’en 1980. Beaucoup de gens font des paris, mais l’enjeu ici était de taille. Simon et Ehrlich avaient deux visions très différentes des ressources mondiales, et ce pari leur permettait de déterminer laquelle des deux était la bonne.

Ehrlich pensait que les ressources mondiales étaient finies et limitées, et qu’à mesure que nous les utilisions, nous nous rapprochions de plus en plus du moment où elles viendraient à manquer. Les prédictions apocalyptiques que l’on entend fréquemment dans les médias reposent généralement sur cette vision du monde. À mesure que les ressources se raréfiaient, leur prix devait augmenter; Ehrlich était donc persuadé que les cinq métaux coûteraient plus cher dans dix ans.

Simon, en revanche, voyait la situation d’un œil bien plus optimiste. Loin de craindre une pénurie de ressources, Simon était persuadé du contraire. Il se montrait tellement optimiste qu’il a laissé Ehrlich choisir les métaux (cuivre, chrome, nickel, étain et tungstène) sur lesquels ils allaient parier. Peu importait la nature exacte des ressources, il était convaincu qu’elles deviendraient plus abondantes, et donc moins chères, dans dix ans.

Eh bien, lorsque 1990 arriva, Simon sortit vainqueur. Le prix des cinq métaux avait chuté : celui du chrome de 5 % et celui de l’étain de 74 %, un chiffre très impressionnant. Mais même si Simon sortit vainqueur, les raisons de sa victoire restaient floues. Ehrlich, par exemple, admit avoir perdu le pari, mais refusa de reconnaître que la vision du monde de Simon avait battu la sienne. La vision optimiste du monde de Simon semblait tout simplement illogique. Comment les ressources mondiales peuvent-elles continuer à augmenter, alors même que nous continuons à consommer des ressources non renouvelables?

Tout repose sur l’homme. Ehrlich et ceux qui pensent comme lui considèrent l’homme comme un simple consommateur : ils voient chaque nouvelle personne sur cette planète comme une bouche de plus à nourrir. Par contre, dans la vision du monde de Simon, nous reconnaissons que l’homme n’est pas seulement un consommateur, mais aussi un producteur. Certes, chacun d’entre nous représente une bouche de plus à nourrir, mais nous possédons aussi deux mains pour créer, fabriquer et produire.

Bien sûr, ce ne sont pas nos mains, mais notre cerveau qui constitue notre outil le plus précieux. Les ressources mondiales peuvent continuer à augmenter parce que l’homme peut utiliser son cerveau, sa créativité donnée par Dieu, pour créer de nouvelles ressources.

Par exemple, en Alberta, on trouve d’énormes gisements de sables bitumineux qui n’intéressaient absolument pas l’humanité jusqu’à très récemment. Puis, quelqu’un a trouvé un moyen d’en extraire le pétrole et, soudain, l’Alberta s’est retrouvée avec de nouvelles sources de pétrole en quantité considérable. Oui, le pétrole a toujours existé, mais il ne constituait pas une ressource jusqu’à ce que l’ingéniosité humaine trouve un moyen de l’exploiter.

L’homme peut également créer des ressources d’une autre manière. L’un des exemples les plus intéressants à cet égard concerne le cuivre, qui composait un élément important des lignes téléphoniques. Avec l’augmentation du nombre de téléphones, de télécopieurs et de modems informatiques, le nombre de lignes téléphoniques a également augmenté. Le coût du cuivre dans toutes ces lignes téléphoniques a commencé à préoccuper les compagnies de téléphone, qui se sont mises à rechercher des solutions moins onéreuses pour transmettre les signaux téléphoniques. Aujourd’hui, au lieu du cuivre, de nombreux réseaux téléphoniques utilisent des lignes à fibres optiques en verre, un matériau fabriqué à partir de sable. L’ingéniosité humaine a permis de transformer le sable ordinaire en une ressource pouvant remplacer le cuivre, dont les réserves sont plus limitées. Ces lignes téléphoniques en « sable » permettent désormais de transmettre des centaines de fois plus d’informations que les anciennes lignes en cuivre.

La ressource ultime sur Terre est donc l’ingéniosité humaine, qui s’avère illimitée et qui s’enrichit à chaque nouvelle naissance.

Mais, pourrait demander un critique, est-elle vraiment illimitée? Certes, nous pouvons remplacer le cuivre par du sable, mais ce sable se distingue par sa particularité. Que se passera-t-il si nous venons à en manquer? Le monde est fini, après tout. Ehrlich s’est peut-être trompé sur le nombre de personnes que la Terre peut supporter, mais même Simon admettrait certainement qu’elle ne peut pas en supporter mille milliards, ni même cent milliards. N’est-ce pas?

Le monde peut-il subvenir aux besoins de mille milliards d’habitants? Pas pour l’instant, certes, mais nous n’avons pas encore mis notre intelligence, don de Dieu, au service de ce défi. Bon sang, la Lune se trouve à portée de main, et Mars pourrait constituer la prochaine étape. Alors, qui sait quelles possibilités un tel nombre pourrait nous offrir? Inimaginable? Pas avec les millions de petits génies qui naissent chaque année capables de résoudre des problèmes. Nous sommes passés de l’apprentissage du vol à l’atterrissage sur la lune en seulement 66 ans. Cela paraît irréalisable. Alors, ne cédons pas au discours alarmiste sur la surpopulation. Utilisons plutôt notre intelligence pour explorer les autres ressources que nous pouvons créer.

Par ailleurs, les informations ne nous permettent pas de croire que la population mondiale atteindra même les 100 milliards d’individus, la plupart des estimations prévoyant un plafond d’environ 15 milliards. Des pays comme la Chine, le Japon et la Russie sont confrontés à des problèmes liés au déclin démographique actuel ou à venir. De nombreux pays occidentaux ne parviennent à maintenir leur population stable que grâce à l’immigration. Les nations qui ont traité les enfants comme une malédiction à éviter plutôt que comme une bénédiction à recevoir (Pr 17.6; Ps 127.3-5) vont rencontrer des problèmes dans un avenir proche, lorsqu’il n’y aura plus assez de jeunes pour prendre soin de la génération âgée. En revanche, celles qui considèrent les enfants comme une bénédiction s’attacheront, non pas à limiter leur nombre, mais à subvenir à leurs besoins. Une réflexion créative pourrait nous amener à exploiter des météorites ou, d’une autre manière, à continuer de créer des ressources.

Sans vouloir m’étendre davantage sur le sujet, voici un dernier exemple. Dans l’État de Washington, les agriculteurs utilisaient autrefois de la sciure de bois comme litière pour leurs vaches. Ce déchet issu de l’industrie du bois qu’ils mettaient à profit s’avérait pratique. Puis, quelqu’un a ensuite compris qu’on pouvait transformer ce déchet en granulés de bois pour les poêles à bois. Le prix de la sciure a donc augmenté et les agriculteurs ont dû trouver d’autres solutions pour leur litière. Qu’ont-ils donc fait? Quelqu’un a inventé un procédé permettant de transformer le fumier de vache en litière. Celui-ci était chauffé, les germes étaient éliminés, et le produit final remplissait parfaitement son rôle : le fumier était transformé en litière. Voilà ce qui arrive lorsque l’homme imite son Créateur et crée des ressources qui n’existaient pas auparavant.

Bien comprendre cela est bien plus important que beaucoup de chrétiens ne le pensent. C’est un environnementalisme erroné, qui considère la Terre comme un système fermé, qui a motivé la campagne en faveur des restrictions démographiques. Ces restrictions ont, à leur tour, joué un rôle déterminant dans la légalisation de l’avortement et, par conséquent, dans la mort de millions de personnes dans le monde. Cela est particulièrement vrai en Chine avec sa politique de l’enfant unique.

2. Conclusion🔗

Dieu nous appelle à être les intendants de la Terre et, dans l’accomplissement de cette vocation, nous serons parfois amenés à collaborer avec divers groupes écologistes laïques. Après tout, même s’ils ne connaissent pas le Seigneur, ils veulent prendre soin de sa planète.

Il importe toutefois beaucoup, en tant que chrétiens, que nous cherchions à discerner les bonnes initiatives environnementales des mauvaises. Les mauvais écologistes sont légion. Ils comprennent des groupes qui perçoivent l’homme comme un problème plutôt que comme une solution, qui négligent de prendre en compte les pauvres dans les plans qu’ils proposent, ou qui n’offrent qu’une perspective partiale.

Ce n’est pas une mince affaire : l’interdiction du DDT a coûté la vie à des milliers, voire à des millions de personnes. Le débat sur le réchauffement climatique pourrait avoir des répercussions sur les prix des denrées alimentaires, nuisant à des millions d’autres personnes. L’hystérie liée à la surpopulation a également conduit à l’avortement de millions d’enfants. Savoir discerner le bien du mal est essentiel, car les enjeux environnementaux peuvent véritablement constituer une question de vie ou de mort.