Les aspects visibles et invisibles de l’Église
Les aspects visibles et invisibles de l’Église
L’Église catholique
« Nous croyons et confessons une seule Église catholique ou universelle. Cette Église est une sainte communauté et assemblée des vrais croyants chrétiens, qui attendent tout leur salut de Jésus‑Christ, sont lavés par son sang et sont sanctifiés et scellés par le Saint‑Esprit.
Cette Église existe depuis le commencement du monde et continuera d’exister jusqu’à la fin, car Christ est un Roi éternel qui ne peut pas être sans sujets. Cette sainte Église est préservée par Dieu contre la rage du monde entier, bien que pour quelque temps elle puisse sembler bien petite et pratiquement éteinte aux yeux des hommes. C’est ainsi qu’à l’époque si dangereuse du règne d’Achab, le Seigneur s’est réservé sept mille hommes qui n’avaient pas plié le genou devant Baal (1 R 19.18).
De plus, cette sainte Église n’est pas restreinte, attachée ou limitée à un certain endroit ou à certaines personnes, mais elle est répandue et dispersée dans le monde entier. Elle est toutefois jointe et unie de cœur et de volonté, en un même Esprit, par la puissance de la foi. »
Confession de foi des Pays-Bas, article 27
1. Une seule Église avec des aspects visibles et invisibles⤒🔗
Convient‑il de parler d’une Église visible et d’une Église invisible? La Confession de foi des Pays‑Bas ne procède pas à une telle distinction, pas plus que la Confession de La Rochelle ni le Catéchisme de Heidelberg. Par contre, Calvin, dans son Institution chrétienne, fait mention de l’Église invisible et de l’Église visible (IV.I.2; IV.I.7‑8). Son Catéchisme de Genève (Q&R 99), la Confession écossaise (art. 16) et la Confession de Westminster (art. 25.1‑2) en parlent également.
La notion d’Église invisible s’avère très utile pour souligner le fait que Dieu seul détient le privilège exclusif de connaître ses élus. D’une part, l’Église instituée peut compter des hypocrites, d’autre part, elle ne comprend pas nécessairement tous les élus.
Cependant, on a souvent mal compris cette distinction entre Église visible et Église invisible, ce qui a contribué à répandre beaucoup d’erreurs et de confusions. La Bible n’utilise pas un tel vocabulaire. On s’en sert souvent comme d’un prétexte pour dire que devenir membre de l’Église visible est sans grande importance. Appartenir à l’Église invisible serait suffisant! On s’en sert également pour justifier l’existence de nombreuses confessions et divisions au sein de l’Église universelle. L’Église invisible serait l’Église idéale et abstraite, située au ciel dans une sorte de repos statique. Les Églises visibles, pour leur part, seraient engagées dans la dynamique changeante de l’histoire terrestre, et elles formeraient toutes des manifestations approximatives et légitimes de l’Église idéale.
De telles idées contredisent la Parole de Dieu qui nous commande de nous joindre à l’assemblée fidèle des croyants et qui ne justifie d’aucune manière la prolifération de ce que plusieurs appellent improprement des « dénominations1 ». Ces distorsions s’éloignent beaucoup du sens que Calvin et les confessions citées plus haut voulaient donner à Église visible et Église invisible.
Bien que cette distinction s’avère utile, nous devons l’employer avec beaucoup de prudence. Après tout, la Bible nous enseigne que Dieu possède un seul peuple, une seule famille, et que Jésus‑Christ est fiancé à une seule Épouse et qu’il est le Chef d’une seule Église, dont il est la tête. « Il est la tête du corps, de l’Église » (Col 1.18). « Il y a un seul corps et un seul Esprit » (Ép 4.4).
Voilà pourquoi l’article 27 de la Confession des Pays‑Bas déclare : « Nous croyons et confessons une seule Église catholique ou universelle. » Une seule! Nous le confessons à la suite du Symbole de Nicée‑Constantinople : « Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. » Pour éviter toute confusion, nous devrions donc dire que cette Église unique comporte des aspects visibles et des aspects invisibles.
2. L’Église en construction depuis le commencement du monde←⤒🔗
On peut comparer l’Église de Jésus‑Christ à un projet en construction. Dieu est le sage Architecte qui a préparé depuis toute éternité des plans et devis. Jésus‑Christ est le grand constructeur qui met ces plans à exécution par la puissance de sa Parole et de son Saint‑Esprit. « Je bâtirai mon Église » (Mt 16.18). Jésus en parlait au futur parce que le fondement de la construction n’était pas encore posé, à savoir sa mort, sa résurrection, sa montée au ciel dans son règne et l’envoi de son Esprit à la Pentecôte.
Cependant, nous savons qu’il avait déjà commencé à construire son Église depuis le commencement du monde. « Cette Église existe depuis le commencement du monde et continuera d’exister jusqu’à la fin » (art. 27). Dans l’Ancien Testament, le Seigneur construisait son Église sur ce fondement à venir promis d’avance. Cette Église, qui « est une sainte communauté et assemblée des vrais croyants chrétiens », inclut donc tous les croyants de l’Ancien Testament, Abel, Hénoc, Noé, Abraham, David et les autres. Elle s’est manifestée visiblement par le rassemblement concret que Dieu a opéré.
Par exemple, après avoir sorti les enfants d’Israël de la fournaise de l’Égypte, Dieu a formé son peuple au Sinaï et dans le désert, le rassemblement de ce peuple étant désigné par les mots « communauté » ou « assemblée », qui viennent de l’hébreu ‘èdah et qahal, traduits dans la version grecque des Septante par sunagôguè (Ex 12.3,6; 16.1‑3; Nb 1.2,16,18; 14.1‑2; Dt 5.22) ou par ekklèsia (Dt 4.10; 9.10; 18.16; Ps 22.23,26; 35.18). Les auteurs du Nouveau Testament ont repris le terme ekklèsia, qu’ils connaissaient bien de la Septante, pour désigner l’Église (Mt 16.18; 1 Co 1.2; Ép 1.22), incluant l’Église de l’Ancien Testament rassemblée par Dieu dans le désert (Ac 7.38).
Contrairement à ce que de nombreux chrétiens croient aujourd’hui, qui affirment que l’Église a commencé à la Pentecôte, Dieu avait déjà constitué son Église et commencé à la rassembler de très nombreux siècles avant la venue de Jésus‑Christ dans le monde!
Cependant, à certaines époques, on la trouvait très difficile à distinguer aux yeux des hommes.
« Cette sainte Église est préservée par Dieu contre la rage du monde entier, bien que, pour quelque temps, elle puisse sembler bien petite et pratiquement éteinte aux yeux des hommes » (art. 27).
Le prophète Élie, après avoir déployé son zèle à renverser les autels de Baal et à essayer de ramener le peuple qui avait abandonné l’alliance de Dieu, était découragé de voir qu’il était resté lui seul (1 R 19.10,14). Dieu a dû lui révéler qu’il s’était gardé un reste fidèle.
« C’est ainsi qu’à l’époque si dangereuse du règne d’Achab, le Seigneur s’est réservé sept mille hommes qui n’avaient pas plié le genou devant Baal (1 R 19.18) » (art. 27).
Dieu s’est toujours gardé un reste fidèle, même durant les périodes les plus sombres de l’histoire où l’Église véritable devenait très difficile à percevoir aux yeux des hommes.
On peut également dire que l’Église de Jésus‑Christ se montre visible seulement partiellement du fait qu’elle réunit tous les croyants décédés, invisibles à nos yeux aujourd’hui. Nous connaissons certains de ces croyants aujourd’hui réunis avec leur Sauveur, mais pour un très grand nombre d’entre eux, nous les avons oubliés ou nous ne les avons jamais connus. Nous les découvrirons seulement au dernier jour, lorsque nous serons tous réunis autour de notre Sauveur et que son Église deviendra pleinement visible à nos yeux!
3. L’Église en construction aujourd’hui←⤒🔗
Le Seigneur continue aujourd’hui de rassembler et de construire son Église.
« Cette Église est une sainte communauté et assemblée des vrais croyants chrétiens, qui attendent tout leur salut de Jésus‑Christ, sont lavés par son sang et sont sanctifiés et scellés par le Saint‑Esprit » (art. 27).
Puisque c’est une communauté de vrais croyants, l’Église ne peut pas rester complètement invisible. Elle se rassemble pour écouter la prédication de la Parole, recevoir les sacrements, prier ensemble et vivre la communion fraternelle. En même temps, notre place dans l’Église n’est pas déterminée par le « clergé », les prêtres ou l’institution, mais par notre foi en Jésus‑Christ. Le Seigneur rassemble dans son Église tous les vrais croyants qui vivent une foi vivante en communion avec lui.
La foi appartient à une dimension invisible à l’œil humain. Le sang du Christ, qui nous lave de nos péchés, et le Saint‑Esprit, qui nous sanctifie et par lequel Dieu nous a scellés (Ép 4.30), forment des réalités que nul ne peut observer aujourd’hui. En même temps, cette œuvre secrète et cachée dans nos cœurs produit des fruits qui se manifestent visiblement dans nos vies personnelles et dans l’œuvre d’édification de l’Église.
L’apôtre Paul nous présente cette double réalité côte à côte.
« La solide base posée par Dieu subsiste, scellée par ces paroles : Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent; et : Quiconque prononce le nom du Seigneur, qu’il se détourne de l’injustice » (2 Tm 2.19).
D’une part, on doit laisser à Dieu seul le privilège de connaître parfaitement son Église, dont le fondement repose sur son élection éternelle. D’autre part, par la grâce de Dieu, nous avons la joie et la responsabilité de porter des fruits de justice et de contribuer à construire l’Église du Seigneur sur son solide fondement.
De même, Paul dit d’abord qu’il y a un seul corps, un seul Esprit, une seule foi (Ép 4.4‑5), ce seul corps dépassant très largement notre capacité à le percevoir dans sa plénitude. Il ajoute ensuite que le Seigneur a donné les apôtres, les pasteurs et les enseignants « pour le perfectionnement des saints, en vue de l’œuvre du service et de l’édification du corps du Christ » (Ép 4.11‑13). Le Seigneur nous a confié la responsabilité de contribuer tangiblement à cette construction dans l’amour, la foi et l’espérance.
En somme, aujourd’hui, nous ne pouvons pas voir l’Église dans sa totalité, d’abord parce qu’elle est dispersée sur toute la terre, ensuite parce que d’innombrables croyants du passé sont séparés de nous et réunis avec leur Sauveur, et enfin parce c’est encore un projet en construction qui a besoin de grandir jusqu’à sa pleine mesure.
Il existe de vraies brebis qui ne se trouvent pas dans l’Église, soit parce qu’elles ont désobéi à la voix du bon Berger et se sont éloignées du troupeau, soit parce qu’elles n’ont pas encore répondu à l’obligation de se joindre à l’Église véritable (art. 28). Par ailleurs, des hypocrites se trouvent aussi dans l’Église, qui sont mélangés aux croyants (art. 29), d’où le besoin de purification de l’Église. Dieu seul connaît vraiment les siens. L’essentiel consiste toutefois à dire que l’Église est avant tout le rassemblement de ceux qui croient de tout cœur en Jésus‑Christ leur Sauveur et qu’ils attendent tout leur salut de lui seul (art. 27).
4. L’Église en construction jusqu’au dernier jour←⤒🔗
L’Église demeure un projet en construction qui se poursuivra jusqu’au retour de notre Sauveur. Nous ne pourrons pas totalement visualiser la splendeur de cette Église tant que sa construction ne sera pas terminée. En faisant miroiter cet avenir glorieux, Jésus‑Christ lui‑même établit une distinction entre les élus et le rassemblement de son Église. Il compare l’Église à un troupeau.
« J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie; celles‑là, il faut aussi que je les amène; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger » (Jn 10.16).
D’après le Seigneur, qui évoquait son œuvre de rassemblement au cours des siècles suivant sa prière, certains élus se trouvent donc toujours à l’extérieur de son Église. Ces personnes sont séparées de l’assemblée des vrais croyants pour diverses raisons. L’œuvre de rassemblement accomplie par Jésus‑Christ demeure incomplète.
Le Seigneur Jésus continue de jour en jour de faire ce travail pour qu’un jour son Église atteigne sa plénitude. Entre‑temps, certains éléments appartenant à cette construction ne se trouvent pas encore à leur place. Pour reprendre l’analogie de la construction, certaines briques attendent sur la palette de manutention, d’autres sont en route vers le chantier de construction. Des armoires ne sont pas fabriquées et même des arbres n’ont pas encore poussé pour pouvoir en faire des planches et construire des murs. « Et vous‑mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez‑vous pour former une maison spirituelle » (1 Pi 2.5). Le processus de construction continue progressivement.
Voilà pourquoi Jésus parle de son troupeau au futur. « Il y aura un seul troupeau, un seul berger » (Jn 10.16). Quand le Christ reviendra au dernier jour, tous les élus seront rassemblés en un même corps, dans une seule et même Église. Ils seront tous parvenus ensemble à la perfection.
Le Seigneur travaille aujourd’hui à sanctifier son épouse « pour faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et sans défaut » (Ép 5.27). Nous ne voyons pas encore le rassemblement complet de l’Église ni sa gloire radieuse. Nous possédons toutefois la Parole de Dieu et nous croyons son enseignement au sujet de l’Église. « Nous croyons et confessons une seule Église. »
Croyons fermement que Dieu continue de rassembler son peuple. Travaillons avec joie, zèle et confiance à la construction concrète de son Église et au rassemblement de tous les siens. Utilisons les divers moyens qu’il met à notre disposition pour l’édification de son peuple : la prédication, les sacrements, la communion fraternelle. Au dernier jour, nous serons tous rassemblés en un seul troupeau, que notre Seigneur complétera et mènera à sa perfection, pour la plus grande gloire de notre Sauveur Jésus‑Christ.
Note
1. Terme emprunté de l’anglais « denomination » improprement utilisé en français (« faux ami ») pour parler de fédérations d’Églises, d’associations, de réseaux ou de confessions religieuses, car ce mot en français signifie l’action de nommer, la désignation ou l’appellation.
