Cet article sur la Confession des Pays-Bas (article 33) a pour sujet la nature des sacrements, qui sont des signes et sceaux visibles de l'alliance de grâce, illustrant et attestant les promesses de Dieu en Jésus-Christ.

Source: La raison de notre espérance. 5 pages.

La nature des sacrements

Les sacrements

« Nous croyons que notre Dieu de grâce, ayant égard à notre ignorance et notre faiblesse, a ordonné des sacrements pour sceller en nous ses promesses, pour être des gages de sa bonne volonté et de sa grâce envers nous, et pour nourrir et soutenir notre foi. Il les a ajoutés à la Parole de l’Évangile pour mieux représenter à nos sens extérieurs ce qu’il nous déclare dans sa Parole et ce qu’il fait intérieurement dans nos cœurs. Il nous confirme ainsi le salut qu’il nous accorde. Les sacrements sont des signes et des sceaux visibles d’une réalité intérieure et invisible, au moyen desquels Dieu œuvre en nous par la puissance du Saint‑Esprit. Ces signes ne sont donc pas inutiles ni dénués de sens. Ils ne peuvent nous tromper ni nous décevoir, car Jésus‑Christ est leur vérité. Sans lui, ils n’auraient aucune valeur.

De plus, nous nous contentons du nombre de sacrements que Christ, notre Maître, nous a ordonnés, soient deux seulement : le baptême et la sainte cène de notre Seigneur Jésus‑Christ. »

Confession de foi des Pays-Bas, article 33

  1. Les sacrements sont des signes et des sceaux visibles
  2. Les sacrements sont des signes de l’alliance
  3. Les sacrements sont des sceaux de l’alliance

Notre Dieu est sensible à notre insensibilité. Il tient compte de nos faiblesses. C’est la raison pour laquelle il nous a donné non seulement sa bonne Parole, mais également les sacrements, que le Seigneur utilise comme moyens pour fortifier notre foi. Considérons la nature des sacrements, afin de mieux saisir leur rôle dans nos vies et les bienfaits qu’ils procurent à l’Église.

1. Les sacrements sont des signes et des sceaux visibles🔗

Nous disons habituellement que les sacrements sont des signes et des sceaux de l’alliance de grâce. Cette expression se trouve dans l’article 33 de la Confession de foi des Pays‑Bas : « Il nous confirme ainsi le salut qu’il nous accorde. Les sacrements sont des signes et des sceaux visibles d’une réalité intérieure et invisible. » C’est sans doute la définition la plus succincte que nous puissions donner des sacrements.

Comprenons bien que les réformateurs n’ont pas inventé cette expression. Elle provient directement de la Bible. C’est l’apôtre Paul qui l’utilise à propos de la circoncision. Paul dit ceci au sujet d’Abraham, le père de tous les croyants : « Et il reçut le signe de la circoncision, comme sceau de la justice qu’il avait obtenue par la foi, quand il était incirconcis » (Rm 4.11). La circoncision, sacrement de l’Ancien Testament, représentait et attestait autrefois la justification gratuite reçue par la foi, c’est‑à‑dire la promesse de l’Évangile. Puisque Dieu fait preuve de cohérence, les sacrements du Nouveau Testament, bien qu’ils aient changé, restent encore des signes et des sceaux de la même justice qui s’obtient par la foi en Jésus‑Christ.

2. Les sacrements sont des signes de l’alliance🔗

Les sacrements servent d’abord de signes de l’alliance. Si l’arc‑en‑ciel est le signe de l’alliance entre Dieu et l’humanité tout entière établie au temps de Noé, les sacrements du baptême et de la cène sont des signes de l’alliance de grâce que Dieu a établie avec son peuple particulier en Jésus‑Christ. Ils représentent et symbolisent les merveilleuses promesses de grâce que Dieu a données à son Église. Dieu a dit à Abraham et à ses descendants : « Vous vous circoncirez comme signe d’alliance entre vous et moi » (Gn 17.11).

Un signe sert à représenter une autre chose que le signe lui‑même. Le Code de la route contient plusieurs signes routiers qu’on aperçoit sur les panneaux de signalisation. Par exemple, une flèche courbe nous indique un virage plus ou moins prononcé sur la route. Un lien étroit unit le signe et la chose signifiée, il existe une correspondance entre la forme de la flèche et la courbe sur la route. En même temps, le signe se distingue de ce qu’il signifie. Personne ne songerait à confondre le panneau de signalisation avec la route elle‑même. La flèche revêt une certaine importance, car elle attire notre attention sur la route. Toutefois, ultimement, c’est la route qui compte, la flèche nous est donnée pour que nous puissions mieux suivre la route. De même, les sacrements sont des signes étroitement unis à la réalité spirituelle qu’ils signifient, tout en se distinguant de cette réalité.

Jésus a pris soin de choisir des signes appropriés qui correspondent à leur sens. Le Seigneur a choisi l’eau que nous utilisons pour nous laver afin de nous représenter la purification des péchés par son sang. Il a choisi le pain et le vin que nous mangeons et buvons pour nourrir et désaltérer notre corps afin de nous représenter Jésus‑Christ, notre véritable nourriture spirituelle.

L’utilisation des sacrements présente le danger de confondre le signe avec la chose signifiée. Les catholiques romains croient que les sacrements contiennent la grâce qu’ils signifient et pensent qu’ils confèrent cette grâce à ceux qui les reçoivent et qui n’y mettent pas d’obstacle par le péché. Cette confusion a pour résultat d’encourager les fidèles à fixer leur attention, non pas sur Jésus‑Christ lui‑même et sur son œuvre accomplie à la croix, mais sur les sacrements et sur leur prétendue efficacité. Après avoir observé un signe routier et compris sa signification, on doit demeurer concentré sur la route et non sur le panneau de signalisation!

Notons que la Bible parle parfois des sacrements comme si les signes étaient la chose signifiée. Voyez par exemple ces passages :

« Sois baptisé et lavé de tes péchés » (Ac 22.16).
« Vous avez été ensevelis avec lui dans la mort par le baptême » (Rm 6.3).
« Prenez, mangez, ceci est mon corps. […] Buvez‑en tous, car ceci est mon sang » (Mt 26.26‑27).
« La coupe de bénédiction n’est‑elle pas la communion au sang du Christ? Le pain que nous rompons n’est‑il pas la communion au corps du Christ? » (1 Co 10.16).

Que signifient ces paroles? Sensiblement la même chose que lorsque nous pointons du doigt un lieu géographique sur une carte routière et que nous disons : « Ceci est la ville de Québec » ou « la route fait un détour ». Tout le monde sait que l’endroit indiqué sur la carte n’est qu’un point d’encre sur du papier, et non pas réellement la ville de Québec, avec ses édifices, ses rues, ses trottoirs et ses arbres. Dans notre langage courant, nous parlons souvent comme si le signe était la chose signifiée, alors que nous savons très bien faire la différence entre les deux et en même temps reconnaître ce qui les unit.

Les premiers disciples ont su distinguer entre l’eau du baptême et le lavage intérieur de nos cœurs ou entre le pain et le vin de la Cène et la nourriture spirituelle que Jésus nous offre. Les sacrements ne sont pas eux‑mêmes la grâce promise. En même temps, les apôtres ont reconnu le lien étroit que le Seigneur a établi entre le signe et la chose signifiée, de telle sorte que les deux, bien que distincts, sont devenus inséparables.

« Il les a ajoutés à la Parole de l’Évangile pour mieux représenter à nos sens extérieurs ce qu’il nous déclare dans sa Parole et ce qu’il fait intérieurement dans nos cœurs. […] Les sacrements sont des signes et des sceaux visibles d’une réalité intérieure et invisible, au moyen desquels Dieu œuvre en nous par la puissance du Saint‑Esprit » (art. 33).

Nous devons donc effectivement distinguer le signe de la chose signifiée, c’est‑à‑dire le signe du baptême et le pardon des péchés qui se trouve en Jésus‑Christ, ou encore le signe de la cène et la nourriture spirituelle qui se trouve en Jésus‑Christ. En même temps, nous devons reconnaître que Dieu lui‑même a uni le signe et la chose signifiée. Le Seigneur a institué les sacrements en son nom en y joignant sa promesse de grâce par sa Parole, de telle sorte que nous ne pouvons plus séparer le signe de la chose signifiée. Les deux demeurent distincts, mais unis.

La comparaison avec un signe routier ou avec une carte géographique comporte donc ses limites, puisque ces signes humains suivent des conventions sociales qui peuvent être changées et que nous saisissons simplement par notre intellect. Dans le cas des sacrements, toutefois, c’est par la foi que nous nous approprions la chose que les signes du baptême et de la cène nous signifient.

Lorsque le croyant reçoit et utilise le signe par la foi, il s’approprie la promesse de la grâce signifiée et offerte par le sacrement. Le baptême nous annonce réellement que le sang du Christ lave de nos péchés (Ac 22.16). La coupe de bénédiction que nous buvons n’est pas en elle‑même le sang du Christ, et le pain que nous rompons n’est pas physiquement le corps du Christ, mais cette coupe et ce pain sont réellement la communion au sang et au corps du Christ (1 Co 10.16).

3. Les sacrements sont des sceaux de l’alliance🔗

C’est pourquoi les sacrements servent également de sceaux de l’alliance. « Les sacrements sont des signes et des sceaux visibles d’une réalité intérieure et invisible » (art. 33). La circoncision, dans l’Ancien Testament, était « sceau de la justice obtenue par la foi » (Rm 4.11). Qu’est‑ce qu’un sceau? C’est une marque visible qui confirme la réalité qu’elle représente.

Le but d’un sceau consiste à attester la véracité d’une chose. Un passeport ou un diplôme contiennent un sceau qui certifie la validité du document. Les bouteilles de certains produits pharmaceutiques portent un sceau garantissant la fraîcheur et l’authenticité du produit. Autrefois, on se servait d’un sceau en cire pour certifier la provenance d’une lettre. Les sacrements ne se réduisent pas à des images illustrant les vérités spirituelles de l’Évangile. Ils servent également à confirmer et à certifier la vérité des promesses de l’Évangile.

La circoncision servait de gage de l’alliance que Dieu avait établie avec Abraham et sa descendance. La marque de la circoncision devait servir de rappel constant et de confirmation officielle que Dieu était leur Dieu, selon sa promesse. Il leur a donné cette marque visible pour les encourager à croire en la grâce de Dieu et à dépendre entièrement de sa promesse de justice gratuite, malgré leurs nombreux péchés. De même, le baptême et la cène servent de sceaux garantissant que le sacrifice du Christ sur la croix a payé pour tous nos péchés et que tous ceux qui croient en lui vivront éternellement.

Si le danger de confondre le signe avec la chose signifiée existe, celui de séparer les deux et de ne pas reconnaître le lien étroit qui unit le symbole et la vérité qu’il représente existe également. Les anabaptistes de même que Zwingli, ont fait l’erreur de réduire les sacrements à de simples signes ou symboles. Ils n’ont pas vu que les sacrements constituaient également des gages donnés aux membres du peuple de Dieu en vue de leur apporter une plus grande confiance dans les promesses de Dieu. Les sacrements agiraient comme des signes, mais non pas comme des sceaux.

Dans la pratique, cela les a conduits à penser que le baptême n’était rien de plus qu’une confession humaine témoignant que nous appartenons à Jésus‑Christ et un engagement à vivre la vie nouvelle. De même, la cène ne serait que le souvenir du sacrifice du Christ qui nous exhorterait à vivre une vie dans l’amour et l’unité. Nous croyons plutôt que les sacrements sont également des sceaux de l’alliance de grâce, tout comme la circoncision était un sceau de la justification gratuite qui s’obtient par la foi en Jésus‑Christ. Ce sont des moyens utilisés par le Saint‑Esprit pour fortifier notre foi.

« Ces signes ne sont donc pas inutiles ni dénués de sens. Ils ne peuvent nous tromper ni nous décevoir, car Jésus‑Christ est leur vérité » (art. 33). Ils ne ressemblent pas à une boîte de chocolat vide dans un magasin, qui annonce du chocolat, mais qui n’en contient pas. Les sacrements ne sont pas vides ni dénués de sens, car leur signification et leur vérité se trouvent en Jésus‑Christ. « Sans lui, ils n’auraient aucune valeur. »

Jésus‑Christ constitue le véritable contenu des sacrements, tout comme la vérité profonde autrefois illustrée et offerte par les sacrifices et les anciennes cérémonies de la loi se trouvait en Jésus‑Christ (article 25). Il est la substance des sacrements, à tel point que leurs noms sont interchangeables. C’est pourquoi le baptême peut être appelé le lavage de nos péchés et que le pain de la cène peut être appelé le corps du Christ ou encore la communion à son corps.

Exprimons notre gratitude envers notre Dieu pour sa grande bonté! Il vient au secours de notre faiblesse en nous donnant des illustrations de sa grâce et des gages attestant la solidité de ses promesses en Jésus‑Christ. Les sacrements ne sont pas seulement présentés à la vue. Ils sont reçus par les membres de l’alliance. Ils attestent ainsi que ces promesses s’adressent à chacun de ceux qui reçoivent personnellement le sacrement. Les signes et les sceaux de son alliance interpellent personnellement chacun de ceux qui les ont reçus à toujours mettre leur confiance en Jésus seul pour tout leur salut.