Une critique biblique du postmillénarisme (1) Introduction
Une critique biblique du postmillénarisme (1) Introduction
Résumé
On croyait le postmillénarisme mort lorsque R. J. Rushdoony et ses collègues reconstructionnistes l’ont ressuscité en 1977 grâce à des publications stimulantes, bien que dépourvues de fondement exégétique. Au cours des décennies suivantes, de nombreux disciples de Rushdoony ont ajouté des arguments bibliques novateurs dont les méthodes d’interprétation ne résistent pas à un examen approfondi. Cette série d’articles examine les particularités herméneutiques et les erreurs exégétiques manifestes dans les défenses du postmillénarisme proposées par Greg Bahnsen, Kenneth Gentry, David Chilton, Keith Mathison, Douglas Wilson et d’autres. Les postmillénaristes ont pour habitude de passer sous silence certains détails textuels ou de les interpréter de manière tendancieuse, afin de servir la croyance selon laquelle les prophéties concernant la justice et le shalom universels s’accompliront sur terre avant la seconde venue du Christ plutôt que lors de cette seconde venue.
- Introduction
- Les caractéristiques du postmillénarisme
- Matthieu 28.18-20 et la grandeur de la grande mission
- 1 Corinthiens 15.24 et la fin
- Apocalypse 20.7-20 et la grandeur de la grande séduction
- Apocalypse 19.11-21 et le jour du jugement
- Ce monde non ressuscité n’est pas ma patrie
- Quand viendra le Royaume?
- Synthèse, implications et conclusion
- Annexe – Une réponse à Doug Wilson
« Nous condamnons, de plus, les rêves rabbiniques affirmant qu’avant le jour du jugement il y aura sur la terre un âge d’or, et que les saints posséderont les royaumes du monde, ayant foulé aux pieds leurs ennemis. En effet, la vérité de l’Évangile (Mt 24 et 25) et la doctrine des apôtres (2 Th 2; 2 Tm 3 et 4) avancent un enseignement tout autre.1 »
Dans son ouvrage de 1977 intitulé The Meaning of the Millennium: Four Views [La signification du millénium : quatre points de vue], George Eldon Ladd a répondu avec une extrême concision à l’argumentation de Loraine Boettner en faveur du postmillénarisme, ne consacrant qu’une demi-page à ce sujet2. La première phrase de Ladd expliquait cette concision : « L’ouvrage fait si peu référence aux Écritures que je n’ai guère de critiques à formuler. » À la parution de ce livre, l’espoir postmillénariste de Jonathan Edwards (1703-1758) et de William Carey (1761-1834), qui avait brillé de mille feux aux 18e et 19e siècles, en particulier aux États-Unis, s’était éteint, certains l’attribuant à une série de conflits sanglants remontant à la guerre de Sécession3. L’argumentation peu convaincante de Boettner marqua le point le plus bas d’une position eschatologique en déclin, confirmant aux yeux de beaucoup son manque de fondement scripturaire. La vision autrefois populaire, connue pour son optimisme quant à l’avenir, fut déclarée morte4. Cependant, un nouveau postmillénarisme allait bientôt renaître de ses cendres.
Un ouvrage plus court, mais plus important, sur l’eschatologie parut également en 1977, intitulé God’s Plan for Victory: The Meaning of Postmillennialism [Le plan de Dieu pour la victoire : la signification du postmillénarisme], par R. J. Rushdoony, père de la reconstruction chrétienne. Ce guide de 43 pages en est aujourd’hui à sa troisième édition5. Dans sa préface élogieuse, Martin Selbrede admet que le livret « n’est pas en soi un ouvrage exégétique6 ». Il écrit ailleurs : « C’est en réalité une exposition assez médiocre du postmillénarisme, notamment d’un point de vue exégétique.7 » Malgré cela, le livret s’est avéré un traité inspirant, et nombreux sont ceux qui, « emportés dans son sillage, écrivirent, enseignèrent, publièrent, persuadèrent, étant influencés, directement ou indirectement, par l’impulsion de Rushdoony (et de Chalcedon)8 ».
Toujours en 1977, The Journal of Christian Reconstruction [Le Journal de la reconstruction chrétienne] a publié un « Symposium sur le millénium » comprenant cinq essais en faveur du postmillénarisme, rédigés par Norman Shepherd, Gary North, Greg Bahnsen, James Jordan et Rushdoony9. Gary North, le rédacteur en chef, avoue dans l’introduction que « ce numéro de The Journal of Christian Reconstruction n’est pas profondément exégétique10 ». Le but de ce numéro, précise-t-il, est « de rappeler aux protestants contemporains, en particulier aux protestants calvinistes, l’héritage qu’ils ont perdu. Si nous réussissons dans cette tâche, le travail exégétique suivra11 ».
Durant le reste du 20e siècle, les reconstructionnistes de Rushdoony ont joué un rôle de premier plan dans la revitalisation du postmillénarisme grâce à des arguments bibliques novateurs. Bien que la reconstruction chrétienne ait commencé à décliner dans les années 1990, le postmillénarisme qu’elle a ravivé en 1977 continue de gagner du terrain.
Cette série d’articles examine de manière critique les particularités herméneutiques et les erreurs exégétiques commises par les principaux partisans du postmillénarisme. Les postmillénaristes ont tendance à négliger certains détails textuels ou à les interpréter de manière tendancieuse, afin de servir la croyance selon laquelle les prophéties concernant la justice et le shalom universels s’accompliront sur terre avant la seconde venue du Christ, plutôt que lors de sa venue.
La suite se trouve dans l’article intitulé Les caractéristiques du postmillénarisme.
Notes
1. Seconde Confession helvétique, 1566, chapitre 11, paragraphe 14, La Revue Réformée, no 212, 2001/2.
2. George Eldon Ladd, « An Historic Premillennial Response » [Une réponse prémillénariste historique], dans Robert G. Clouse (dir.), The Meaning of the Millennium: Four Views [La signification du millénium : quatre points de vue], Downers Grove, IL, InterVarsity Press, 1977, p. 143.
3. Steven R. Pointer, « Seeing the Glory » [Contempler la gloire], Christian History 61, 1999, p. 30.
4. Robert R. Booth, « Editor’s Preface », dans Greg L. Bahnsen, Victory in Jesus: The Bright Hope of Postmillennialism [La victoire en Jésus : la vive espérance du postmillénarisme], 3e éd., Nacogdoches, TX, Covenant Media, 2020, ix.
5. R. J. Rushdoony, God’s Plan for Victory: The Meaning of Postmillennialism [Le plan de Dieu pour la victoire : la signification du postmillénarisme], 3e éd., Vallecito, CA, Ross House, 2022.
6. Martin G. Selbrede, avant-propos de Rushdoony, God’s Plan for Victory [Le plan de Dieu pour la victoire], p. vi.
7. Martin G. Selbrede, « Rushdoony’s Impact on Eschatology » [L’impact de Rushdoony sur l’eschatologie], Faith for All of Life [Une foi pour toute la vie], 2007, p. 27.
8. Selbrede, avant-propos, p. vii-viii. Selbrede est vice-président de la Chalcedon Foundation, fondée par Rushdoony en 1965.
9. Gary North, éd., The Journal of Christian Reconstruction [Le Journal de la reconstruction chrétienne] 3, 1976-1977, p. 15-163.
10. Gary North, « Editor’s Introduction », The Journal of Christian Reconstruction [Le Journal de la reconstruction chrétienne] 3, 1976-1977, p. 12.
11. North, « Editor’s Introduction », p. 13.
