Une critique biblique du postmillénarisme (4) 1 Corinthiens 15.24 - La fin
Une critique biblique du postmillénarisme (4) 1 Corinthiens 15.24 - La fin
Ce quatrième article fait partie d’une série comportant les neuf articles suivants, plus une annexe :
- Introduction
- Les caractéristiques du postmillénarisme
- Matthieu 28.18-20 et la grandeur de la grande mission
- 1 Corinthiens 15.24 et la fin
- Apocalypse 20.7-20 et la grandeur de la grande séduction
- Apocalypse 19.11-21 et le jour du jugement
- Ce monde non ressuscité n’est pas ma patrie
- Quand viendra le Royaume?
- Synthèse, implications et conclusion
- Annexe – Une réponse à Doug Wilson
- La destruction aura lieu à la fin (1 Co 15.24)
- La soumission de toutes choses et la soumission du Christ auront lieu à la fin (1 Co 15.25, 27-28)
- καταργέω signifie « détruire » (1 Co 15.24, 26)
Gentry écrit :
« Avec les paraboles sur le royaume et la grande mission, le discours de Paul sur la résurrection dans 1 Corinthiens 15 nous fournit une preuve solide, tirée du Nouveau Testament, en faveur de l’espérance postmillénariste. Ici, Paul parle sans détour de l’intronisation actuelle du Christ et insiste sur le fait qu’il règne avec assurance dans le but de soumettre ses ennemis au cours de l’histoire.1 »
Le fait de voir une « preuve de l’espérance postmillénariste » dans 1 Corinthiens 15 repose sur une lecture non conventionnelle des versets 24 à 28. Gentry, qui a accompli l’essentiel du travail d’interprétation pour les postmillénaristes, soutient que le Christ ne reviendra pas « avant d’avoir vaincu ses ennemis terrestres (1 Co 15.24). Il vaincra son dernier ennemi, la mort, lors de son retour, lorsque nous ressusciterons d’entre les morts (1 Co 15.26)2 ». Quant à 1 Corinthiens 15.25, il affirme :
« De toute évidence, Paul s’attend à ce que le Christ triomphe de toute opposition avant la fin de l’histoire. Le dernier ennemi qu’il vaincra est la mort elle-même — lors de la résurrection eschatologique. Toutefois, la victoire sur ses autres ennemis a lieu avant cela, avant la résurrection et au cours du déroulement de l’histoire.3 »
Wilson abonde dans ce sens :
« Selon l’hypothèse couramment partagée par de nombreux chrétiens, lors du retour du Seigneur, le premier ennemi à être détruit est la mort. Pourtant, l’apôtre dit ici que c’est le dernier ennemi à être détruit. Le Seigneur régnera depuis les cieux, soumettant progressivement tous ses ennemis par la puissance de l’Évangile, apporté aux nations par son Église. Et puis, alors qu’il serait facile de croire que la situation ne pourrait pas être meilleure, le Seigneur viendra et remettra le royaume à son Père4. »
S’il n’occupait pas une place aussi prépondérante dans les arguments en faveur du postmillénarisme, 1 Corinthiens 15.24-28 figurerait sans aucun doute dans la section ci-dessous intitulée « D’autres passages problématiques5 », car ce texte pose des défis insurmontables à ce système eschatologique.
1.La destruction aura lieu à la fin (1 Co 15.24)⤒🔗
Le verset 24 contient le premier obstacle insurmontable pour le postmillénarisme. Paul écrit : « Ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir aboli toute principauté, toute autorité et toute puissance » (εἶτα τὸ τέλος, ὅταν παραδιδῷ τὴν βασιλείαν τῷ θεῷ καὶ πατρί, ὅταν καταργήσῃ πᾶσαν ἀρχὴν καὶ πᾶσαν ἐξουσίαν καὶ δύναμιν). La destruction des ennemis du Christ ne se produit pas ici « progressivement » (Wilson) ou « au cours de l’histoire » (Gentry), mais d’un seul coup à « la fin » (τὸ τέλος). Je reviendrai un peu plus loin sur l’étrange affirmation selon laquelle le verbe « abolir » ou « détruire » dans ce verset ferait référence à la grâce convertissante de l’Évangile. Pour l’instant, cependant, je répondrai à l’affirmation selon laquelle ce verbe décrit une activité continue entre les deux venues du Christ plutôt qu’un événement unique à la fin.
Paul situe temporellement l’action de « il détruira » au moment de « la fin ». Il convient de noter que τὸ τέλος (« la fin ») est modifié par deux clauses temporelles adjacentes, chacune commençant par ὅταν (« quand ») suivi d’un verbe au subjonctif : ὅταν παραδιδῷ … ὅταν καταργήσῃ (« quand il remettra… quand il détruira »). Les deux aspects de cet événement à double facette — la destruction de toute principauté, autorité et puissance, et la remise du royaume au Père — auront lieu « quand » « la fin » arrivera6. Le subjonctif aoriste καταργήσῃ (« il détruira »), dont l’aspect est perfectif, décrit un événement qui se produira dans son ensemble, dans son intégralité, du début à la fin, « quand “la fin” viendra7 ». Notez bien l’aspect perfectif des verbes aoristes en 1 Corinthiens 15.24-28.
Gentry conteste la syntaxe pourtant claire de 1 Corinthiens 15.24 en s’appuyant sur une erreur grammaticale courante liée au temps aoriste8. Il postule que le verbe au subjonctif καταργήσῃ (« il détruira »), parce qu’il est au temps aoriste, se réfère au passé et décrit donc une action qui précède la fin. Il déclare : « Une telle construction indique que l’action de la subordonnée (“il a détruit”) précède celle de la principale (“la fin viendra”).9 » Gentry semble ignorer que « les temps au subjonctif […] n’impliquent que l’aspect (le type d’action), et non le temps », et que, par conséquent, « le temps n’est pas une caractéristique de l’aoriste » au mode subjonctif10. Une grammaire grecque précise que « les verbes au subjonctif ne renvoient pas intrinsèquement au temps » et que « le caractère indéfini du subjonctif situe généralement l’action potentielle dans le futur11 ». Fee fait remarquer à juste titre que faire du temps une caractéristique intrinsèque du subjonctif aoriste « aboutit à une impasse grammaticale12 ».
Le postmillénarisme repose également sur une dérogation aux règles grammaticales habituelles dans le verset suivant.
2.La soumission de toutes choses et la soumission du Christ auront lieu à la fin (1 Co 15.25, 27-28)←⤒🔗
Les postmillénaristes s’appuient fortement sur le verset 25 : « Car il faut qu’il règne jusqu’au moment où il aura mis tous ses ennemis sous ses pieds » (δεῖ γὰρ αὐτὸν βασιλεύειν ἄχρι οὗ θῇ πάντας τοὺς ἐχθροὺς ὑπὸ τοὺς πόδας αὐτοῦ), une paraphrase du Psaume 110.1. Les postmillénaristes concluent de cette affirmation que le Christ soumettra « tous ses ennemis », à l’exception de la mort, pendant son règne entre ses deux avènements. Rappelons le commentaire précédent de Gentry sur 1 Corinthiens 15.25 : « Paul s’attend à ce que le Christ triomphe de toute opposition avant la fin de l’histoire ». Les postmillénaristes croient entendre Paul dire dans ce verset : « Car il doit régner, en soumettant progressivement ses adversaires, jusqu’à ce que tous ses ennemis soient mis sous ses pieds ». Pourtant, le verset dit en réalité que la soumission de tous les ennemis aura lieu à l’aboutissement du règne du Christ, et pas avant.
Le grec de Paul est sans ambiguïté à cet égard. L’expression clé ἄχρι οὗ θῇ signifie « jusqu’à [ἄχρι] ce moment où [οὗ] il mettra [θῇ, subjonctif aoriste]13 ». Cela fait référence à ce « moment futur où » (οὗ) Jésus mettra tous ses ennemis sous ses pieds14. Le verbe à l’aoriste θῇ (« il mettra [tous ses ennemis sous ses pieds] ») décrit une action qui se produira comme un tout — dans son intégralité, du début à la fin (aspect perfectif) — à un moment précis indiqué par le pronom relatif οὗ (« le moment précis où »). Le Christ doit régner jusqu’à (ἄχρι) ce moment précis où (οὗ) il vaincra tous ses ennemis. Rien n’indique en 1 Corinthiens 15.25 qu’une partie des ennemis du Christ sera mise sous ses pieds avant « le moment où [οὗ] » tous le seront. Cette soumission future, décrite comme une destruction au verset précédent, se produira d’un seul coup à la fin (τὸ τέλος) du règne du Christ.
La clause temporelle ἄχρι οὗ θῇ (« jusqu’au moment où il mettra ») en 1 Corinthiens 15.25 relève de la catégorie syntaxique de Wallace appelée « subjonctif dans une clause temporelle indéfinie » et « indique ainsi une contingence future du point de vue du temps du verbe principal15 ». En d’autres termes, l’action de la clause temporelle (« jusqu’au moment où il mettra tous ses ennemis sous ses pieds ») est un événement futur par rapport au temps de la clause verbale principale (« il doit régner »). La soumission future à laquelle Paul fait référence constitue le point culminant eschatologique du règne du Christ.
Paul utilise la même construction en 1 Corinthiens 11.26, lorsqu’il dit que les croyants, chaque fois qu’ils célèbrent la Cène, proclament la mort du Seigneur ἄχρι οὗ ἔλθῃ (« jusqu’à ce qu’il vienne »)16. Cette clause temporelle, qui appartient à la même catégorie syntaxique que celle analysée au paragraphe précédent, signifie « jusqu’à [ἄχρι] ce moment où [οὗ] il viendra [ἔλθῃ, subjonctif aoriste] ». Elle fait référence à ce « moment futur où » (οὗ) le Seigneur viendra. La similitude grammaticale entre 1 Corinthiens 11.26 et 1 Corinthiens 15.25 est instructive, d’autant plus que chaque verset est fortement chargé de sens eschatologique. En 1 Corinthiens 11.26, l’Église continue de proclamer la mort de son Seigneur dans l’attente de sa venue, puis il vient. Il ne vient pas progressivement pendant que l’Église proclame, mais plutôt d’un seul coup, à la fin des temps. En 1 Corinthiens 15.25, Jésus continue de régner dans l’attente de mettre tous ses ennemis sous ses pieds, puis il les met tous sous ses pieds. Il ne les met pas tous sous ses pieds progressivement pendant qu’il règne, mais plutôt d’un seul coup, au point culminant de son règne.
Dans 1 Corinthiens 15.25, Paul fait allusion au Psaume 110, que les postmillénaristes considèrent comme « l’un des passages eschatologiques les plus significatifs de la Bible17 ». Ce psaume s’ouvre sur la promesse divine de faire des ennemis du Messie son marchepied. Alors que les postmillénaristes estiment qu’il s’agit d’un processus progressif se déroulant entre les deux avènements du Christ, le psaume raconte une tout autre histoire : « Il écrase des rois au jour de sa colère » (Ps 110.5; voir v. 3).
Paul paraphrase la fin du Psaume 8.7 dans 1 Corinthiens 15.27 (« il [Dieu] a tout mis sous ses pieds [ceux de l’humanité] »). L’apôtre applique ce texte de l’Ancien Testament, qui célèbre la soumission de toutes choses à l’homme au commencement, à la soumission de toutes choses au Christ à la fin. Dans 1 Corinthiens 15.28, Paul confirme que la soumission de toutes choses au Christ se produira à la fin, en même temps que la soumission du Fils au Père : « Et lorsque [ὅταν] toutes choses lui seront soumises, alors [τότε] le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses.18 » Le verbe aoriste traduit par « [toutes choses lui] seront soumises » (ὑποταγῇ) est de l’aspect perfectif : il dépeint la soumission de toutes choses au Christ comme un événement se produisant dans son intégralité, du début à la fin, au moment de la soumission du Fils au Père19. Les deux soumissions mentionnées en 1 Corinthiens 15.28 se produiront consécutivement à la fin (voir l’expression ὅταν… τότε en 1 Corinthiens 15.54). Parler de toutes choses soumises au Christ, c’est parler d’un événement unique que nous verrons dans « le monde à venir » (Hé 2.5, 8a). Dans ce monde présent, « nous ne voyons pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises » (Hé 2.8b).
3.καταργέω signifie « détruire » (1 Co 15.24, 26)←⤒🔗
Les postmillénaristes soutiennent que la promesse de l’Éternel de faire des ennemis du Christ un marchepied (Ps 110.1) est un engagement à les sauver. Cependant, le psaume prophétise la destruction, et non le salut : « Il écrase des rois au jour de sa colère. Il exerce le jugement parmi les nations, tout est plein de cadavres; il écrase le chef [la tête רֹאשׁ] de toute la terre » (Ps 110.5-6). L’image donnée au Psaume 110.1-6 du Messie, avec son peuple consentant, écrasant sous ses pieds les rois des nations et la tête de la terre (voir Gn 3.1; Jos 10.24-25; Ps 68.22; Rm 16.20) au combat, le jour où s’exerceront la puissance, la colère et le jugement du Christ qui font régner la mort (voir Rm 2.5; Ap 19.11-21), est une image de rétribution, et non de rédemption.
Les postmillénaristes citent également le Psaume 2.8-9 (« Je te donnerai les nations pour héritage, et pour possession les extrémités de la terre; tu les briseras avec un sceptre de fer, comme le vase d’un potier, tu les mettras en pièces ») comme une prophétie de la conversion des nations au Christ20. Pourtant, ce texte prédit également la destruction mortelle des méchants par le Messie. Le Psaume 2 ne prophétise nulle part la rédemption. Il met plutôt l’accent sur la fureur et les vains complots des nations, des peuples, des rois et des dirigeants contre le Messie (Ps 2.1-3); il anticipe le mépris, la colère, la fureur et la violence dévastatrice du Christ à leur égard (Ps 2.4-9); et il avertit les impies de se repentir sous peine de « périr » (וְתֹאבְדוּ) (Ps 2.10-12). Le Psautier établit d’emblée un contraste entre les justes et les méchants, ces derniers « périssant » (תֹּאבֵד) (Ps 1.6; voir Ps 2.12) « au jugement » (Ps 1.5) de « sa colère » (Ps 2.5, 12)21.
Le jugement de soumission et la colère décrits dans le Psaume 110 constituent la toile de fond interprétative de la destruction et de la soumission annoncées dans 1 Corinthiens 15.24-28. Ils remettent ainsi en cause l’hypothèse selon laquelle καταργήσῃ (« il détruira ») en 1 Corinthiens 15.24 ferait référence à la conversion de toute domination, autorité et puissance « par la puissance de l’Évangile » (Wilson). De plus, cette hypothèse souffre de deux failles fatales.
Premièrement, les termes que Paul utilise ici — ἀρχή (« principautés »), ἐξουσία (« autorité ») et δύναμις (« puissance ») — apparaissent ailleurs dans ses écrits (par exemple, Rm 8.38; Ép 1.21; 3.10; 6.12; Col 1.16; 2.10, 15) pour désigner « des puissances malveillantes et démoniaques » (voir 1 Pi 3.22)22. À ma connaissance, aucun lexique, dictionnaire théologique, commentaire ou exemple d’usage ne suggère que ces termes puissent désigner de futurs convertis.
Deuxièmement, καταργέω, le terme utilisé par Paul pour décrire la destruction des principautés, des autorités et des puissances en 1 Corinthiens 15.24, signifie « détruire, abolir, anéantir, mettre fin à23 ». À ma connaissance, aucun lexique, dictionnaire théologique, commentaire ou exemple d’usage ne suggère que ce verbe puisse faire référence au salut, ce qui est contraire à sa signification. Deux versets plus loin, en 1 Corinthiens 15.26, ce verbe décrit la destruction de la mort : « Le dernier ennemi qui sera détruit [καταργεῖται], c’est la mort » (voir 2 Tm 1.10; Barn. 5.6). Dans 2 Thessaloniciens 2.8, il est question de l’abolition de l’homme de l’iniquité, « que le Seigneur Jésus détruira [καταργήσει] par le souffle de sa bouche et qu’il écrasera par l’éclat de son avènement ». Dans Hébreux 2.14, il est fait référence à la destruction de Satan par le Christ : « afin de détruire [καταργήσῃ] par sa mort celui qui détenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable ». Les principautés, les autorités et les puissances mentionnées dans 1 Corinthiens 15.24 ne se convertiront pas plus au Christ que la mort, l’homme de l’iniquité ou le diable.
Wilson déclare :
« Ce monde, celui dans lequel nous vivons actuellement, sera remis en ordre avant le retour du Christ, avant la fin de toutes choses. Le seul ennemi qui ne sera pas détruit par l’avancée de l’Évangile sera la mort elle-même (1 Co 15.26).24 »
Bien que ce sentiment triomphaliste trouve un écho grandissant auprès de ceux qui aspirent, non sans un certain fondement biblique, à voir le peuple de Dieu l’emporter, elle ne trouve aucun appui dans les Écritures.
La suite se trouve dans l’article intitulé Apocalypse 20.7-20 et la grandeur de la grande séduction.
Notes
1. Kenneth L. Gentry Jr., « Postmillennialism » [Le postmillénarisme], dans Darrell L. Bock, éd., Three Views on the Millennium and Beyond [Trois points de vue sur le millénium et au-delà], Counterpoints, Grand Rapids, Zondervan, 1999, p. 48.
2. Kenneth L. Gentry Jr., He Shall Have Dominion: A Postmillennial Eschatology [Il exercera la domination : une eschatologie postmillénariste], 3e éd., Chesnee, SC, Victorious Hope, 2021, p. 523.
3. Gentry, « Postmillennialism » [Le postmillénarisme], p. 50.
4. Douglas Wilson, Heaven Misplaced: Christ’s Kingdom on Earth [Le ciel mal placé : le royaume du Christ sur la terre], Moscow, ID, Canon, 2008, p. 15.
5. N.D.T. : Cette section, dans l’original, correspond aux deux articles suivants : Apocalypse 20.7-20 et la grandeur de la grande séduction; Apocalypse 19.11-21 et le jour du jugement.
6. Gordon D. Fee, The First Epistle to the Corinthians [La première épître aux Corinthiens], éd. rév., NICNT, Grand Rapids, Eerdmans, 2014, p. 833; Paul Gardner, 1 Corinthians [1 Corinthiens], ZECNT, Grand Rapids, Zondervan, 2018, p. 678; Mark Taylor, 1 Corinthians [1 Corinthiens], NAC 28, Nashville, B&H, 2014, p. 388.
7. Benjamin L. Merkle et Robert L. Plummer, Beginning with New Testament Greek: An Introductory Study of the Grammar and Syntax of the New Testament [Introduction au grec du Nouveau Testament : étude introductive de la grammaire et de la syntaxe du Nouveau Testament], Nashville, B&H, 2020, p. 118.
8. Voir D. A. Carson, Exegetical Fallacies [Les erreurs de l’exégèse], 2e éd., Grand Rapids, Baker Academic, 1996, p. 67-70.
9. Gentry, « Postmillennialism » [Le postmillénarisme], p. 49 (souligné dans l’original).
10. Daniel B. Wallace, Greek Grammar Beyond the Basics: An Exegetical Syntax of the New Testament [Grammaire grecque au-delà des notions de base : Une syntaxe exégétique du Nouveau Testament], Grand Rapids, Zondervan, 1996, p. 463, 555; voir Carson, Exegetical Fallacies [Les erreurs de l’exégèse], p. 67. Gentry est induit en erreur par des affirmations syntaxiques dépassées dans le BDAG 730 (s.v. « ὅταν », entrée 1.a), bien que les exemples qui y figurent ne corroborent pas son affirmation selon laquelle l’action d’un subjonctif aoriste se situerait dans un cadre temporel antérieur distinct de celui du verbe principal.
11Merkle et Plummer, New Testament Greek [Grec du Nouveau Testament], p. 254. Ils concluent : « Dans la plupart des cas, il n’est ni possible ni nécessaire de différencier les subjonctifs présents et les subjonctifs aoristes dans la traduction anglaise » (p. 255).
Une variante textuelle de 1 Corinthiens 15.24 montre que les spécialistes du grec n’attribuaient pas de temps passé aux subjonctifs aoristes. Le Texte majoritaire de 1 Corinthiens 15.24 comporte le verbe au subjonctif aoriste παραδῷ au lieu du verbe au subjonctif présent παραδιδῷ (les deux signifiant « il remettra »). Dans le TM, chaque clause temporelle contient donc un subjonctif aoriste. Si la syntaxe de Gentry était correcte, elle rendrait l’auteur de παραδῷ incompétent, car 1 Co 15.24 TM prédirait non seulement que le Christ détruira toute domination, toute autorité et toute puissance avant la fin, mais aussi qu’il remettra le royaume au Père avant la fin. De plus, le verset commencerait par dire « Ensuite viendra la fin », mais poursuivrait ensuite de manière maladroite en décrivant deux événements majeurs qui précèdent la fin plutôt que de la constituer.
Wilson adhère au Textus Receptus (Douglas Wilson, Mother Kirk: Essays and Forays in Practical Ecclesiology [Mère Église : essais et réflexions en ecclésiologie pratique] Moscow, ID, Canon, 2001, p. 53-56). Tout comme le TM, il comporte le subjonctif aoriste παραδῷ en 1 Corinthiens 15.24. Pour préserver la cohérence du TR, Wilson doit rejeter l’aberration grammaticale de Gentry. Cela l’obligerait toutefois à admettre que le Christ ne détruira pas « toute domination, toute autorité et toute puissance » avant « la fin », qui est aussi « le moment où il remettra le royaume à Dieu le Père ».
12. Fee, First Corinthians [1 Corinthiens], p. 833. Il critique spécifiquement l’idée selon laquelle l’ordre logique des deux événements eschatologiques (d’abord la destruction de toute domination, autorité et puissance, puis la remise du royaume au Père — ce qui est incontestablement l’ordre dans lequel ils se produiront à la fin) serait intrinsèquement communiqué par le verbe au subjonctif aoriste καταργήσῃ (« il détruira »). La critique de Fee s’applique a fortiori à l’affirmation supplémentaire de Gentry selon laquelle la destruction de toute domination, autorité et puissance précédera la fin. Voir la CSB pour une traduction de 1 Corinthiens 15.24 qui ne va pas au-delà du grec.
13. Voir Gardner, 1 Corinthians [1 Corinthiens], p. 679.
14. Voir Wallace, Greek Grammar [Grammaire grecque], p. 339-442, pour comprendre comment οὗ fonctionne ici.
15. Wallace, Greek Grammar [Grammaire grecque], p. 479. Cette règle s’applique en particulier à un verbe au subjonctif « utilisé après un adverbe de temps (ou une préposition impropre) signifiant jusqu’à (par exemple, ἕως, ἄχρι, μέχρι) ».
16. Timothy A. Brookins et Bruce W. Longenecker, 1 Corinthians 10-16: A Handbook on the Greek Text, Baylor Handbook on the Greek New Testament [1 Corinthiens 10-16 : manuel sur le texte grec, Manuel Baylor sur le grec du Nouveau Testament], Waco, TX, Baylor University Press, 2016, p. 55, 157.
17. A. Mathison, Postmillennialism: An Eschatology of Hope [Le postmillénarisme : Une eschatologie de l’espérance], Phillipsburg, NJ, P&R Publishing, 1999, p. 79.
18. « Lorsque toutes choses lui seront soumises » (1 Co 15.28) est une autre façon de dire « lorsqu’il aura détruit toute principauté, tout pouvoir et toute puissance » (1 Co 15.24). Chaque clause fait référence au « moment où il mettra tous ses ennemis sous ses pieds » (1 Co 15.25). De même, « alors, le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses » (1 Co 15.28) est une nouvelle façon de dire « quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père » (1 Co 15.24). Voir Fee, First Corinthians [1 Corinthiens], p. 841.
19. Le temps de ὑποταγῇ (« sera soumis »), un subjonctif aoriste, dépend du verbe principal, ὑποταγήσεται (« sera [également] soumis »), un indicatif futur. Au subjonctif, « le moment de l’action dépend du verbe principal de la phrase » (Merkle et Plummer, New Testament Greek [Grec du Nouveau Testament], p. 254).
20. Voir, par exemple, David Chilton, Paradise Restored: A Biblical Theology of Dominion [Le paradis restauré : une théologie biblique de la domination], Horn Lake, MS, Dominion Press, 2007, p. 67, 192.
21. Voir Ésaïe 60.12 : « La nation et le royaume qui ne te serviront pas périront [יֹאבֵדוּ], ces nations seront entièrement ruinées. »
22. Fee, First Corinthians [1 Corinthiens], p. 835.
23. BDAG 525-26 (s.v. « καταργέω », entrée 3); Moisés Silva, « καταργέω », NIDNTTE 2:640-41.
24. Wilson, Heaven Misplaced [Le ciel mal placé], p. 86 (souligné dans l’original).
