Cet article a pour sujet le postmillénarisme moderne qui se distingue des autres positions eschatologiques en affirmant que l'ère actuelle, s'étendant entre les deux avènements du Christ, connaîtra une christianisation et une prospérité spirituelle universelles sur terre avant son retour glorieux.

Source: Une critique biblique du postmillénarisme. 3 pages. Traduit par Paulin Bédard

Une critique biblique du postmillénarisme (2) Les caractéristiques du postmillénarisme

Ce deuxième article fait partie d’une série comportant les neuf articles suivants, plus une annexe :

  1. Introduction
  2. Les caractéristiques du postmillénarisme
  3. Matthieu 28.18-20 et la grandeur de la grande mission
  4. 1 Corinthiens 15.24 et la fin
  5. Apocalypse 20.7-20 et la grandeur de la grande séduction
  6. Apocalypse 19.11-21 et le jour du jugement
  7. Ce monde non ressuscité n’est pas ma patrie
  8. Quand viendra le Royaume?
  9. Synthèse, implications et conclusion
  10. Annexe – Une réponse à Doug Wilson
  1. Les caractéristiques du postmillénarisme
  2. Textes utilisés

1. Les caractéristiques du postmillénarisme⤒🔗

Rares sont les postmillénaristes (pour autant qu’il y en ait) qui adhèrent encore à la conception dont Boettner fut l’un des derniers représentants, selon laquelle les « mille ans » (χίλια ἔτη) mentionnés six fois dans Apocalypse 20.2-7 commenceront à un moment donné dans le futur et se poursuivront jusqu’au retour du Christ1. Lors de sa résurgence à la fin du 20e siècle, le postmillénarisme a abandonné la croyance selon laquelle le millénium est une période future faisant partie de l’ère entre les deux venues du Christ2.

Le postmillénarisme moderne s’accorde avec l’amillénarisme pour dire que les mille ans s’étendent de la première venue du Christ à la seconde, couvrant ainsi toute l’ère entre ces deux venues3. Il s’accorde avec le prémillénarisme pour dire que les prophéties de justice, d’adoration et de shalom universels (p. ex., Ps 22.28; 86.9; 102.16; 138.4-5; És 2.2-4; 9.6; 11.5-16; 25.8-9; 26.1-4; 65.17-25; Jl 4.16-21; Mi 4.1-4; Ha 2.14; So 3.9-10) trouveront leur accomplissement pendant le millénium4.

Le postmillénarisme est unique en ce qu’il affirme que les prophéties concernant la justice, l’adoration et le shalom universels trouveront leur accomplissement avant le retour de Jésus. Il est également le seul à considérer les descriptions de la destruction mondiale des ennemis de Dieu (par exemple, Ps 2.1-9; 110.1-2, 5-6; És 11.4; 25.10-12; 63.1-6; 1 Co 15.24-25, 27-28; Ap 19.11-21) comme des prédictions de la christianisation des nations.

2. Textes utilisés←⤒🔗

Les accusations selon lesquelles le postmillénarisme s’appuierait sur des passages de l’Ancien Testament plutôt que sur des preuves issues du Nouveau Testament sont largement infondées. En plus des textes cités ci-dessus, les postmillénaristes invoquent les paraboles sur la croissance du royaume (Mt 13.31-33; Mc 4.26-32; Lc 13.18-21), les enseignements de Jean sur la victoire du Christ sur Satan et le monde (p. ex., Jn 12.31-32; 16.33; 1 Jn 2.13-14; 3.8; 4.4, 14; 5.4-5), la proclamation par Pierre de la seigneurie du Christ à la Pentecôte (en particulier Ac 2.32-36), les déclarations sur la soumission de toutes choses au Christ (p. ex., Hé 1.8-9, 13; 2.5-9) et l’immensité des rachetés dans l’Apocalypse de Jean (p. ex., Ap 7.9-10)5.

Aucun de ces passages ne suscite de malaise chez le non-postmillénariste plein d’espérance. Affirmer la victoire décisive du Christ ressuscité et régnant sur ses ennemis et l’expansion continue de son royaume inauguré jusqu’à la fin du monde n’est pas propre au postmillénarisme. En fait, tous les textes cités dans les paragraphes précédents (et ci-dessous) apparaissent sans gêne dans des ouvrages défendant les autres positions millénaristes. Cela suggère qu’une évaluation fructueuse doit commencer au niveau de l’herméneutique sous-jacente et des hypothèses fondamentales.

La différence méthodologique la plus fondamentale entre le postmillénarisme et toutes les autres perspectives se résume à une question de calendrier : Quand la terre connaîtra-t-elle la paix, la piété et la prospérité universelles annoncées dans les Écritures : avant ou après le retour du Christ? Le postmillénarisme répond : « Avant ». Toutes les positions eschatologiques affirment que le royaume de Dieu s’établira pleinement sur terre (Ps 72.8-11; És 11.6-9; 25.8; Ha 2.14; Za 9.10; Mt 5.5; 6.10; Ap 21.1-5), mais seul le postmillénarisme s’attend à une manifestation terrestre à grande échelle du royaume avant le retour du Christ6. Les postmillénaristes soutiennent que la venue du royaume « sur la terre comme au ciel » se concrétisera de manière substantielle dans ce monde, sur la terre non régénérée7. Il leur incombe donc de démontrer, à partir des Écritures, que le temps promis de ferveur spirituelle et de bien-être universel doit s’accomplir sur terre avant la parousie (seconde venue), et non lors de celle-ci.

Les attentes du postmillénarisme pour la période entre les deux venues du Christ reposent principalement sur des interprétations particulières de deux passages du Nouveau Testament : Matthieu 28.18-20 (qui garantirait prétendument une période avant la parousie où la plupart des gens sur terre prêteront allégeance au Christ) et 1 Corinthiens 15.24-28 (qui prévoirait prétendument que le Christ vaincra tous ses ennemis à l’exception de la mort avant la parousie). Examinons si ces deux piliers peuvent soutenir la charge que les postmillénaristes dans le sillage de Rushdoony ont placée sur eux.

La suite se trouve dans l’article intitulé Matthieu 28.18-20 et la grandeur de la grande mission.

Notes

1. Loraine Boettner, The Millennium [Le millénium], Philadelphie, P&R Publishing, 1958, p. 59.

2. J. Marcellus Kik a jeté les bases de ce mouvement collectif dans An Eschatology of Victory [Une eschatologie de la victoire], Nutley, NJ, P&R Publishing, 1971, p. 17, cité dans Greg L. Bahnsen, « The Prima Facie Acceptability of Postmillennialism » [L’acceptabilité au premier abord du postmillénarisme], The Journal of Christian Reconstruction [Le Journal de la reconstruction chrétienne] 3, 1976-1977, p. 86.

3. Certains postmillénaristes situent le début du millénium vers l’an 70 après J.-C.

4. Voir J. Barton Payne, Encyclopedia of Biblical Prophecy: The Complete Guide to Scriptural Predictions and Their Fulfillment [Encyclopédie de la prophétie biblique : Le guide complet des prédictions scripturaires et de leur accomplissement], Grand Rapids, Baker Books, 1973, p. xxi, 268, 286-287, 295-296, 299-300, 319, 411, 428, 439.

5. Bahnsen, « Prima Facie Acceptability » [L’acceptabilité au premier abord du postmillénarisme], p. 77.

6. Certains postmillénaristes supposent, en raison des références temporelles au soleil et à la lune tout au long du Psaume 72 (par exemple, au v. 5 : « tant que subsistera le soleil, tant que paraîtra la lune »; voir v. 7 et 17), que la prophétie de la domination universelle du Messie au Psaume 72.8-11 doit s’accomplir sur terre avant que les corps célestes de la première création ne disparaissent (És 60.19; 2 Pi 3.10-12; Ap 21.1, 23; 22.5). Cependant, ces références temporelles poétiques dans le Psaume 72 communiquent en réalité l’éternité, notamment le v. 17 qui met « aussi longtemps que le soleil » en parallélisme avec « toujours ». Elles englobent donc le règne éternel du Christ sur la nouvelle terre, où toutes les prophéties de justice et de paix universelles contenues dans ce cantique seront pleinement réalisées. Voir Derek Kidner, Psalms 1-72: An Introduction and Commentary [Psaumes 1-72 : Introduction et commentaire], TOTC 15, Londres, Inter-Varsity Press, 1973, p. 274-275.

Certains postmillénaristes suggèrent que la paix universelle prophétisée en Ésaïe 2.4 et Michée 4.3-4 doit s’accomplir avant le retour du Christ, puisque ces passages prédisent des événements qui se produiront « dans les derniers jours [בְּאַחֲרִית הַיָּמִים] » (És 2.2; Mi 4.1), une expression que ces interprètes associent strictement à la période entre les deux venues du Christ. Toutefois, Gary V. Smith (Isaiah 1-39, NAC 15A, Nashville, B&H, 2007, p. 129) met à juste titre en garde contre les interprétations excessives qui identifient étroitement cette expression « avec le millénium ou avec l’ère de l’Église », car « de tels concepts n’étaient pas connus du prophète ». J. A. Motyer (The Prophecy of Isaiah: An Introduction & Commentary [La prophétie d’Ésaïe : Introduction et commentaire], Downers Grove, IL, InterVarsity Press, 1996, p. 54) affirme que cette expression « est également connue sous le nom de “jour de l’Éternel”, apportant à la fois le jugement (2.12-21) et la victoire menant à la paix (9.1-7); la consommation et la pleine jouissance du règne de Dieu (Os 3.5) ». La portée des « derniers jours » englobe la venue initiale du Messie et tout ce qui s’ensuit, y compris ce que la révélation ultérieure appelle sa « seconde » apparition ou venue (Hé 9.28).

Un argument connexe s’articule autour de l’expression synonyme « en ce jour-là [בַיּוֹם הַהוּא] » dans Ésaïe 11.10, un verset qui a commencé à s’accomplir lors de la première venue du Christ (Rm 15.12). Certains postmillénaristes limitent la référence de « en ce jour-là » à la période précédant la seconde venue, puis soulignent que cette référence temporelle s’applique aux versets précédents, Ésaïe 11.6-9 : « Le loup séjournera avec l’agneau. […] Car la connaissance de l’Éternel remplira la terre, comme les eaux recouvrent le fond de la mer. » Il est vrai que « ce jour-là » s’applique à Ésaïe 11.6-9. Cependant, limiter la portée de « ce jour-là » à la période précédant le retour du Seigneur est arbitraire; cela n’est certainement pas exigé par Romains 15.12. Ni « les derniers jours » ni « ce jour-là » n’excluent de leur champ d’application les événements concomitants à la seconde venue.

Pour une réfutation convaincante de l’opinion, partagée par les postmillénaristes et les prémillénaristes, selon laquelle Ésaïe 65.17-25 parle d’une époque où le péché et la mort seront encore présents sur la terre, voir G. K. Beale, « An Amillennial Response to a Premillennial View of Isaiah 65:20 » [Une réponse amillénariste à une vision prémillénariste d’Ésaïe 65.20], JETS 61, 2018, p. 461-92.

7. Voir, par exemple, Keith A. Mathison, Postmillennialism: An Eschatology of Hope [Le postmillénarisme : Une eschatologie de l’espérance], Phillipsburg, NJ, P&R Publishing, 1999, p. 87-88.