Une critique biblique du postmillénarisme (7) Ce monde non ressuscité n’est pas ma patrie
Une critique biblique du postmillénarisme (7) Ce monde non ressuscité n’est pas ma patrie
Ce septième article fait partie d’une série comportant les neuf articles suivants, plus une annexe :
- Introduction
- Les caractéristiques du postmillénarisme
- Matthieu 28.18-20 et la grandeur de la grande mission
- 1 Corinthiens 15.24 et la fin
- Apocalypse 20.7-20 et la grandeur de la grande séduction
- Apocalypse 19.11-21 et le jour du jugement
- Ce monde non ressuscité n’est pas ma patrie
- Quand viendra le Royaume?
- Synthèse, implications et conclusion
- Annexe – Une réponse à Doug Wilson
Nous partageons sans réserve l’avis des postmillénaristes selon lequel la mort ne sera pas engloutie par la victoire avant le retour du Christ (1 Co 15.54). Jusque-là, la mort continuera de faire très mal (1 Co 15.55). La destruction de la mort par le Christ à travers l’Évangile (2 Tm 1.10) restera préliminaire et sera loin d’être achevée en cette époque-ci. Il existe une profonde disparité entre notre triomphe sur la mort « déjà » acquis en Christ (Rom 6.4; Col 2.12; 3.1) et la victoire absolue « pas encore » acquise sur la mort que nous connaîtrons lors de la résurrection.
La persistance inexorable de la mort jusqu’à la fin des temps témoigne du gouffre ontologique colossal qui sépare ce monde du monde à venir. Ce grand fossé ne sépare pas seulement la destruction « déjà » acquise de la mort de sa défaite « pas encore » accomplie. Il sépare également la mise hors d’état d’agir « déjà » actuelle des dominateurs, des autorités et des puissances par la croix (1 Co 2.6) de leur abolition « pas encore » définitive à la fin (1 Co 15.24). « Tous les ennemis » (1 Co 15.25) du Christ — c’est-à-dire « toute principauté, tout pouvoir et toute puissance » (1 Co 15.24) et « la mort » (1 Co 15.26) — se trouvent dans la même situation : ils ont été définitivement blessés par la croix, mais leur destruction totale, qui est l’aboutissement de cette défaite décisive antérieure, n’aura pas lieu dans ce monde, tant s’en faut.
Le fossé ontologique entre l’ère présente et celle qui est à venir sera toujours aussi grand que celui qui sépare les pèlerins pécheurs des saints parvenus à la perfection (Ga 5.17; Hé 12.23), entre la terre et le ciel (1 Co 15.47-49), entre nos corps humbles et corruptibles et nos corps glorieux et incorruptibles (1 Co 15.53; Ph 3.20-21), entre la mortalité et l’immortalité (1 Co 15.54), entre les choses anciennes de cette création qui gémit et les choses finales des nouveaux cieux et de la nouvelle terre glorieux, où il n’y aura ni larmes, ni mort, ni deuil, ni douleur (Rm 8.19-23; Ap 21.4). La nouvelle création a fait irruption dans ce monde lors de la résurrection de Jésus, et elle continue de s’infiltrer dans l’ancienne création (2 Co 5.17), mais le temps présent ne s’approchera jamais du poids éternel de la gloire incomparable qui sera révélée au dernier jour (Rm 8.18; 2 Co 4.17). Aucune expansion du royaume ni aucun triomphe culturel ne peuvent réduire ce gouffre. Le progrès spirituel ne fait que nous rapprocher du bord du précipice, d’où nous pouvons voir avec plus de clarté l’immensité du gouffre et l’intensité de la splendeur qui nous attend de l’autre côté, et où notre désir ardent de cette gloire incorruptible s’intensifie (Rm 5.2-5; 8.18-30; 2 Co 4.14-18; 1 Pi 1.3-9).
Le péché, la souffrance, la mort et la lutte contre les dominateurs, les pouvoirs et les puissances caractériseront la création jusqu’à ce que Dieu la régénère et la rende incorruptible lors de la parousie. Depuis la chute, « la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement » (Rm 8.22). Elle a été « soumise à la vanité » (Rm 8.20). Elle est assujettie à « la servitude de la corruption [φθορᾶς] » (Rm 8.21; voir 1 Co 15.42, 50, 52-54). Une telle création corruptible ne peut ni produire le royaume de Dieu, qui est incorruptible, ni en « hériter ». En effet, « la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et la corruption [φθορὰ] n’hérite pas l’incorruptibilité [ἀφθαρσίαν] » (1 Co 15.50). Notre espérance eschatologique se situe entièrement au-delà de la chronologie de ce monde non ressuscité. Plus précisément, avec la création, « nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps. Car c’est en espérance que nous avons été sauvés » et « nous l’attendons avec persévérance » (Rm 8.23-25; voir 2 Co 5.1-5).
L’attente d’un moment dans ce monde corruptible « alors qu’il serait facile de croire que la situation ne pourrait pas être meilleure1 » trahit une espérance mal placée. Jusqu’au retour de Jésus, y compris la minute qui précède son retour, il sera facile de croire que les choses pourraient s’améliorer de plusieurs ordres de grandeur. Les gémissements persisteront jusqu’à la résurrection (Rm 8.23; 2 Co 5.2, 4). Avant le retour du Seigneur, le peuple de Dieu connaîtra des tribulations (Jn 16.33) à travers lesquelles nous vaincrons (Ap 2.9-11; 3.10-12) et entrerons dans le royaume de Dieu (Ac 14.22). Nous avons confiance que le Seigneur « [nous] sauvera pour [nous] faire entrer dans son royaume céleste » (2 Tm 4.18), soit à notre mort (2 Tm 4.6), soit lorsque ce royaume céleste descendra sur terre (2 Tm 4.1, 8; Ap 21.2). Ni nous ni le reste de la création ne pouvons hériter du royaume avant cela.
La suite se trouve dans l’article intitulé Quand viendra le Royaume?.
Note
1. Douglas Wilson, Heaven Misplaced: Christ’s Kingdom on Earth [Le ciel mal placé : le royaume du Christ sur la terre], Moscow, ID, Canon, 2008, p. 15.
