Cette vidéo avec le texte a pour sujet la complémentarité des rôles de pasteur et d'ancienn dans l'Église selon la perspective biblique et les mises en application découlant de la Réforme.

 

Source: Anciens et pasteurs dans l’Église: quels rôles?. 9 pages.

La complémentarité des rôles de pasteur et d’ancien

  1. Perspectives bibliques
  2. Considérations ecclésiastiques
  3. Les responsabilités des pasteurs
  4. Les responsabilités des anciens
  5. Exemples de complémentarité des rôles
    a. Le pasteur, les anciens et les diacres travaillent ensemble
    b. Le pasteur exerce un ministère spécialisé
    c. Les anciens encadrent et supervisent le travail du pasteur
    d. Les anciens soutiennent le pasteur
    e. Le pasteur bénéficie de l’expérience des anciens
    f. Les anciens et le pasteur prennent ensemble des décisions

Afin d’apprécier la complémentarité des rôles des anciens et des pasteurs, nous examinerons tout d’abord les principaux termes employés dans la Bible pour désigner les ministères officiels de direction de l’Église. Nous verrons ensuite comment ce fondement biblique a permis d’établir un ordre spirituel dans les Églises réformés. Nous comparerons les responsabilités des anciens et les responsabilités des pasteurs à la lumière de deux liturgies d’ordination décrivant leurs ministères respectifs. Nous tirerons enfin quelques applications pratiques en donnant des exemples concrets de complémentarité de ces deux ministères.

1. Perspectives bibliques🔗

Voici les principaux termes utilisés dans le Nouveau Testament pour désigner des hommes exerçant des ministères de direction dans l’Église.

Diakonos : Ce terme peut signifier serviteur, diacre ou encore ministre (de la Parole), selon le contexte. Il n’est pas retenu dans cette étude puisqu’il ne touche pas directement notre propos1.

Presbutéros : Ce mot se traduit par ancien, un homme qui a une expérience de vie. « De Milet, Paul envoya chercher à Éphèse les anciens de l’Église (tous presbutérous tès ekklèsias) » (Ac 20.17). Ici comme ailleurs dans la Bible, le mot est le plus souvent utilisé au pluriel. L’équipe de direction d’une Église est composée d’une pluralité d’anciens. Dans sa lettre à Tite, Paul fait la recommandation suivante à son compagnon d’œuvre : « Je t’ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler, et que, selon mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque ville » (Tt 1.5). Chaque Église de chaque ville devait avoir des anciens. Paul rappelle à Timothée qu’il a reçu l’imposition des mains « du collège des anciens » (1 Tm 4.14), le presbutérion, qui désigne le groupe d’anciens à la direction d’une Église locale.

Épiscopos : Ce mot signifie évêque, surveillant, celui qui veille sur. Nous avons des microscopes, des télescopes, des périscopes et nous avons aussi des épiscopes! Ce sont ceux qui veillent au bien spirituel de l’Église et de ses membres. Il s’agit en fait des mêmes hommes que les anciens. Paul a dit aux anciens d’Éphèse : « Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau au sein duquel le Saint-Esprit vous a établis épiskopous » (Ac 20.28). Immédiatement après avoir demandé à Tite d’établir des presbutéroi dans chaque ville, Paul indique à Tite les qualités qu’ils doivent posséder en disant : « Il faut que l’évêque (ton épiskopon) soit irréprochable, etc. » (Tt 1.7). Ces deux textes montrent bien que les anciens et les évêques sont les mêmes hommes. Presbutéros indique l’expérience et l’ancienneté, épiskopos désigne le rôle de veiller. Paul s’adresse à l’Église de Philippes de cette façon : « Paul et Timothée, serviteurs du Christ-Jésus, à tous les saints en Christ-Jésus qui sont à Philippes, aux évêques et aux diacres » (Ph 1.1). Nous retrouvons encore une fois la pluralité dans l’équipe de direction de cette Église. D’après le Nouveau Testament, il ne semble pas concevable d’avoir à une Église dirigée par un seul homme.

Ègouménos (du verbe ègémoneuô) : Ce mot désigne celui qui conduit, qui dirige. « Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la Parole de Dieu » (Hé 13.7). « Obéissez à vos conducteurs et soyez-leur soumis. Car ils veillent au bien de vos âmes, dont ils devront rendre compte » (Hé 13.17).

Poimèn : Ce mot se traduit par pasteur ou berger. Jésus est le bon Poimèn, le bon Berger (Jn 10), et nous sommes ses brebis dont il prend soin. Quand Paul s’est adressé aux anciens d’Éphèse qui étaient évêques, il n’a pas dit qu’ils étaiet poiménés, pasteurs; il a cependant utilisé le verbe poimainen de même famille pour décrire leur rôle : « le Saint-Esprit vous a établis évêques pour faire paître l’Église de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang » (Ac 20.28). Faire paître, conduire, nourrir, prendre soin de. Il y avait donc à Éphèse des hommes qui étaient à la fois anciens, évêques et pasteurs. Ils ont été établis par le Saint-Esprit à travers un appel légitime de l’Église suivi de l’imposition des mains. Ces hommes possédaient une ancienneté, une expérience chrétienne, qui, par la grâce de Dieu, leur permettait de veiller sur l’Église de Dieu et de prendre soin des brebis du Seigneur. Ces ministères officiels sont des dons du Christ Ressuscité. « C’est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs (poiménas) et docteurs » (Ép 4.11).

Didaskalos : Nous traduisons ce mot par enseignant ou docteur. C’est le terme utilisé dans le texte cité précédemment. Dans ce passage, il est possible de comprendre « pasteurs et docteurs » comme étant deux fonctions différentes, les pasteurs étant directement consacrés au soin des brebis, les didaskaloi étant plus spécialisés dans l’enseignement. Toutefois, étant donné la présence d’un seul article défini : « les pasteurs et docteurs », il semble préférable de comprendre l’expression comme étant un « hendiadys », c’est-à-dire un « un par deux »2 : les pasteurs qui sont enseignants. Nous savons de toute manière que, pour prendre soin du troupeau du Seigneur, les pasteurs doivent enseigner, prêcher l’Évangile, nourrir les brebis avec les vérités de la Parole de Dieu. Tout évêque (ou ancien) doit être « apte à l’enseignement » (1 Tm 3.2, didaktikos). Paul ajoute que l’ancien qui est évêque doit être « attaché à la parole authentique telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de convaincre les contradicteurs » (Tt 1.7). Tout ancien devrait être capable d’enseigner, d’exhorter et de prendre soin spirituellement du troupeau du Seigneur.

En même temps, dans ses nombreuses recommandations à Timothée pour qu’il sache comment construire l’Église du Christ, Paul établit des distinctions significatives : « Que les anciens qui président bien soient jugés dignes d’un double honneur, surtout ceux qui prennent de la peine à la prédication et à l’enseignement » (1 Tm 5.17). Ce texte établit la légitimité et la sagesse de la spécialisation, afin que l’on puisse avoir des rôles spécifiques et des ministères particuliers au sein du conseil des anciens. Tous sont anciens, évêques, bergers; tous ont un rôle pastoral, tous doivent être aptes à l’enseignement, tous sont responsables de la direction, mais tous n’ont pas le même rôle. Certains seulement président, certains seulement prennent de la peine à la prédication et à l’enseignement. D’après Romains 12, tous n’ont pas les mêmes dons ni les mêmes rôles dans l’Église. « Que celui qui enseigne s’attache à l’enseignement, [] que celui qui préside le fasse avec empressement » (Rm 12.7-8).

2. Considérations ecclésiastiques🔗

À partir de ces considérations bibliques, les Églises réformées et presbytériennes ont adopté des confessions de foi et des ordres ecclésiastiques qui définissent les ministères officiels dans l’Église.

À propos du gouvernement de l’Église, l’article 29 de la Confession de La Rochelle dit ceci :

« Quant à l’Église véritable, nous croyons qu’elle doit être gouvernée selon l’ordre établi par notre Seigneur Jésus-Christ : à savoir qu’il y ait des pasteurs, des surveillants [ou anciens] et des diacres, afin que la pureté de la doctrine y soit maintenue, que les vices y soient corrigés et réprimés, que les pauvres et tous les affligés soient secourus dans leurs besoins, que les assemblées se tiennent au nom de Dieu et que les adultes y soient édifiés, de même que les enfants. »

Les Églises réformées reconnaissent trois ministères officiels : les pasteurs, les anciens et les diacres. Les Églises presbytériennes distinguent plutôt deux ministères officiels : les anciens et les diacres, mais font une deuxième distinction entre les anciens enseignants et les anciens dirigeants.

Pratiquement, les deux approches reviennent à peu près au même. Dans les deux cas, nous avons des diacres, des ministres de la Parole qui reçoivent une formation théologique spécialisée et qui se consacrent au ministère pastoral à temps plein, et des anciens qui exercent un métier autre, mais qui ont une connaissance solide de la Bible, une bonne expérience et une excellente réputation.

Pour la suite de mon propos, je m’en tiendrai aux trois ministères officiels reconnus dans le monde réformé, soit pasteur, ancien et diacre, le ministère de diacre ne faisant pas l’objet de cet article, bien qu’il s’agisse d’un ministère très important et très beau. J’utiliserai le mot pasteur dans le sens de celui qui exerce le ministère spécialisé de la Parole et des sacrements, tout en gardant bien à l’esprit que le pasteur est un ancien qui fait partie du conseil des anciens et qu’il travaille en étroite collaboration avec les autres anciens. Quant au mot ancien, je l’utiliserai dans le sens de ceux qui exercent un ministère de direction dans l’Église, sans avoir de formation théologique approfondie. Leur rôle n’en est toutefois pas moins pastoral, puisqu’ils doivent faire paître les brebis du Seigneur et veiller sur leur bien spirituel. Nous voyons ici se profiler la complémentarité des rôles.

3. Les responsabilités des pasteurs🔗

Avançons un peu plus dans l’examen de la complémentarité des rôles de pasteur et d’ancien en comparant leurs responsabilités respectives exercées dans un esprit de collaboration et de soutien mutuel. Selon une liturgie d’ordination classique3, voici les devoirs des pasteurs dans l’Église :

La tâche du ministre de la Parole peut être décrite comme suit :

Premièrement, il doit déclarer le conseil entier de Dieu à son assemblée (Actes 20:27), en proclamant la Parole selon l’exhortation de l’apôtre Paul : « Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ-Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, et au nom de son avènement et de son royaume, prêche la Parole, insiste en toute occasion favorable ou non, reprends, exhorte, avec toute patience et en instruisant » (2 Tm 4.1-2).

D’après l’exemple de l’apôtre, il doit remplir ce devoir en public et de maison en maison (Ac 20.20). Il doit dénoncer toutes les erreurs et les hérésies, comme étant les œuvres des ténèbres, et exhorter les membres à marcher comme des enfants de lumière. Il doit enseigner la Parole de Dieu aux jeunes de l’Église et à ceux que Dieu appelle, car les saintes Écritures sont capables de les instruire pour le salut par la foi en Jésus Christ (2 Tm 3.15). Son devoir consiste également à visiter les membres de l’assemblée et à réconforter les malades et les affligés.

En consolant et en reprenant ainsi, il doit appeler l’assemblée tout entière à la rédemption qui est en Christ-Jésus.

Deuxièmement, il est appelé à administrer les sacrements, parce que Christ a conjoint cette administration à la prédication de l’Évangile. C’est donc le devoir du ministre de la Parole d’administrer le saint baptême selon le commandement de Christ : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, en les baptisant au nom du Père et du Fils et de l’Esprit Saint » (Mt 28.19). Il doit aussi administrer la Cène instituée par Christ, lorsqu’il a dit : « Faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11.24).

Troisièmement, son devoir comme pasteur et enseignant de l’assemblée est d’invoquer le nom du Seigneur au cours du culte public en faisant « des requêtes, prières, intercessions, actions de grâces, pour tous les hommes » (1 Tm 2.1-2).

Quatrièmement, il est du devoir du ministre de la Parole, avec les anciens en tant qu’intendants de la maison de Dieu, de veiller à ce que dans l’assemblée toutes choses soient faites dans la paix et dans le bon ordre (1 Co 14.33). Ensemble ils doivent superviser la doctrine et la vie du troupeau : « Faites paître le troupeau de Dieu qui est avec vous, non par contrainte, mais volontairement selon Dieu; ni pour un gain sordide, mais de bon cœur; non en tyrannisant ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau » (1 Pi 5.2-3). Ce faisant, ils doivent fermer et ouvrir le royaume de Dieu par la discipline chrétienne, selon la charge qui leur a été donnée par Christ.

En tout cela, nous voyons quel travail glorieux les ministres de la Parole doivent exécuter. Lorsque le Souverain Pasteur sera manifesté, en tant que serviteurs fidèles ils obtiendront la couronne incorruptible de gloire (1 Pi 5.4).

4. Les responsabilités des anciens🔗

Afin de comparer ces responsabilités des pasteurs avec celles des anciens et de voir leurs rapports mutuels, voici les devoirs des anciens dans l’Église selon une autre liturgie d’ordination4 :

Pour ce qui est de leur mandat, les anciens ont, avec les pasteurs, la responsabilité de la supervision de l’Église du Christ, afin que chaque membre se conduise dignement par sa doctrine et sa vie, selon l’Évangile. À cette fin, ils visiteront les membres de l’Église à domicile pour les réconforter, les instruire, les exhorter et les corriger avec la Parole de Dieu (1 Th 2.11-12; Tt 1.9). Ils exerceront la discipline chrétienne selon le commandement du Christ, à l’égard de ceux qui mènent une vie incrédule ou immorale et qui refusent de se repentir (Mt 18.17-18). Ils veilleront à ce que les sacrements ne soient pas profanés.

Afin qu’ils prennent soin de l’Église et que tout se fasse avec bienséance et avec ordre (1 Co 14.40), les anciens et les pasteurs forment ensemble le conseil des anciens de l’Église. Ensemble, ils font paître le troupeau de Dieu qui leur est confié (Ac 20.28; 1 Pi 5.1-4). Ils ne doivent pas permettre à quelqu’un de servir à ce titre dans l’Église sans avoir été légitimement appelé.

Il est de leur responsabilité d’aider les pasteurs par leurs bons conseils. Ils ont également la responsabilité de superviser la doctrine de leurs compagnons de service. Ils ne doivent pas permettre que de faux enseignements s’infiltrent dans l’Église, afin qu’en toutes choses l’Église soit édifiée par la pure doctrine de l’Évangile. Ils doivent donc veiller diligemment à ce qu’aucun loup n’entre dans la bergerie du bon Berger (Ac 20.29-31).

Pour pouvoir bien s’acquitter de leur travail de bergers du troupeau de Dieu, les anciens doivent s’exercer à la piété et sonder diligemment les Écritures, qui sont utiles en toutes choses, afin que l’homme de Dieu soit préparé à toute œuvre bonne (Jn 10.7-13; 2 Tm 3.14-17).

5. Exemples de complémentarité des rôles🔗

a. Le pasteur, les anciens et les diacres travaillent ensemble🔗

Ils ont tous été établis par le Saint-Esprit pour prendre soin de l’Église du Seigneur et la guider selon la Parole de Dieu. Nous avons un même Seigneur, une même foi, un même amour, une même espérance, un même but. Nous ne sommes pas là pour imposer notre volonté aux autres, ni pour nous placer en position de supériorité, ni pour travailler indépendamment ou séparément des autres, mais pour servir ensemble, humblement et fidèlement. Comme l’a dit l’apôtre Pierre aux anciens : « Faites paître le troupeau de Dieu qui est avec vous, non par contrainte, mais volontairement selon Dieu; ni pour un gain sordide, mais de bon cœur; non en tyrannisant ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau » (1 Pi 5.2). Un troupeau au singulier, des modèles au pluriel. Faire paître le troupeau de Dieu n’est pas le travail d’un seul berger. C’est un travail d’équipe qui nécessite humilité, entraide, abnégation, serviabilité, disponibilité, et qui requiert une même pensée, un même but, une connaissance commune des brebis et une compréhension commune du travail spécifique de chacun.

Chaque dirigeant doit connaître son rôle et doit connaître le rôle des autres. Chacun doit connaître ses forces et ses faibles, ses limites et ses responsabilités propres. C’est un véritable travail d’équipe qui demande un esprit de collaboration et d’entraide, dans la soumission les uns aux autres. Le pasteur, les anciens et les diacres travaillent ensemble, sans que certains s’estiment inférieurs ou supérieurs. Les trois sont égaux tout en ayant des appels différents. Ils doivent entretenir de bonnes relations entre eux et avec l’Église, afin d’être à son service et de contribuer à son bien-être.

b. Le pasteur exerce un ministère spécialisé🔗

Le pasteur est ministre de la Parole et des sacrements. Il consacre l’essentiel de son temps à l’étude, à la prière, à la préparation des prédications et des divers enseignements dans l’Église. Nous pensons ici au problème qui a surgi dans l’Église de Jérusalem entre les croyants hellénistes et les croyants hébreux et qui a nécessité la nomination de sept frères plein de foi et d’Esprit Saint. Les apôtres ont dit : « Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables » (Ac 6.2). Après avoir nommé ces sept hommes à ce service diaconal, les apôtres ont dit : « Pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole » (tè diakonia tou logou, Ac 6.4). Trop souvent, les pasteurs délaissent le service de la parole parce qu’ils sont occupés à mille autres choses. Si vous êtes anciens ou diacres, ou si vous aspirez à le devenir un jour, efforcez-vous d’encourager et d’encadrer votre pasteur pour qu’il se consacre à ce ministère si précieux et si vital.

Ce ministère spécialisé nécessite une formation théologique solide préalable : langues bibliques (hébreu et grec), principes d’exégèse, Ancien et Nouveau Testament, théologie biblique, dogmatique, éthique, pastorale, gouvernement de l’Église, histoire de l’Église, etc. Il y a tant de choses à connaître et à approfondir. « Ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres » (2 Tm 2.2). La Parole de Dieu est tellement remplie de richesses, les erreurs qui ont ravagé l’Église dans l’histoire sont tellement nombreuses et les besoins pastoraux dans l’Église sont tellement grands qu’il y a énormément de choses à transmettre à des hommes fidèles pour qu’à leur tour ils soient capables de l’enseigner aussi à d’autres. Il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions ou d’avoir reçu des dons spirituels, encore faut-il les développer et acquérir des outils afin de mieux servir, et encore faut-il chaque semaine se donner de la peine pour la prédication et l’enseignement. Prêcher et enseigner chaque semaine nécessite beaucoup de préparation.

Si vous êtes jeunes et que vous vous préparez à ce ministère, profitez au maximum du temps de formation qui vous est donné pendant que vous en avez l’occasion. Et une fois que vous exercez ce ministère, continuez de consacrer beaucoup de temps à l’étude de la Parole et à la lecture de bons livres utiles non seulement pour vous, mais pour le bien de l’Église tout entière. Vous en aurez besoin pour préparer la nourriture spirituelle hebdomadaire que vous devrez offrir à votre Église.

Les anciens dans le conseil ne peuvent pas tous acquérir cette formation et ne peuvent pas non plus consacrer autant de temps chaque semaine au ministère assidu de la prédication et de l’enseignement. D’autre part, nous avons besoin de ces anciens qui, sans avoir reçu une formation théologique approfondie, connaissent bien leur Bible et leurs doctrines et ont acquis une sagesse venant d’une marche avec Dieu fidèle et d’une solide expérience chrétienne.

La complémentarité des rôles se voit dans le fait que certains se consacrent au ministère de la Parole, pendant que d’autres dans le conseil se répartissent d’autres aspects du travail de direction.

c. Les anciens encadrent et supervisent le travail du pasteur🔗

La complémentarité se voit aussi dans le fait que, même si le pasteur exerce un ministère spécialisé, il demeure sous la direction et la supervision du conseil des anciens.

Pour illustrer mon propos, quand je vais dans des Églises anglophones en Ontario (Églises d’origine hollandaise), ces Églises pratiquent la traditionnelle poignée de main. Si je suis invité à prêcher, avant de me rendre à la chaire, un des anciens, désigné d’avance, me donne une franche poignée de main, signe que je suis autorisé et mandaté par le conseil pour prêcher la Parole ce dimanche-là. Je suis alors très conscient que je n’ai pas la liberté de dire n’importe quoi ou d’affirmer librement mes opinions. Si j’ai été appelé comme pasteur à l’Église que je sers en ce moment, c’est Dieu qui m’y a appelé à travers l’appel de son Église, sous la direction du conseil des anciens. C’est devant les anciens que je dois rendre des comptes non seulement du contenu de mes prédications, mais de l’ensemble de mon travail. Dans l’Église du Seigneur, il ne doit pas y avoir de « one man show », d’autoritarisme ou d’esprit d’indépendance par rapport aux autres frères qui font partie de l’équipe de direction.

Même si c’est généralement le pasteur qui exerce le ministère de la prédication, les autres anciens doivent aussi y participer à travers l’évaluation qu’ils font des prédications. Sans être des experts et parce qu’ils ne sont pas des experts, leurs suggestions et leurs critiques constructives compteront pour beaucoup et enrichiront grandement le ministère de l’enseignant principal. Le pasteur doit avoir l’humilité d’accepter les commentaires de ses collègues et la volonté de se corriger au besoin. Les anciens connaissent leur Bible et connaissent les brebis. Ils doivent avoir le courage de parler à leur pasteur avec douceur quand la prédication s’éloigne de la simplicité et de la clarté de l’Évangile, quand le pasteur devient moraliste ou légaliste, quand il a peur d’affirmer la dure réalité de l’enfer, quand il devient trop mou, trop sévère, trop compliqué ou trop simpliste.

Je me souviens de la première fois que j’ai prêché à notre Église après être entré en fonction. Quelques minutes après le culte, un ancien est venu me poser des questions sur ma prédication, avec douceur et respect. Je me suis aperçu que j’avais employé des mots trop vagues et trop ambigus. Il fallait que je sois plus précis et plus rigoureux. Je me suis également vite aperçu que les anciens, ici, veillent attentivement à ce qui sort de la bouche du pasteur… Je m’en suis souvenu!

Évidemment, les commentaires ne devraient pas trop souvent venir immédiatement après le culte. Il est préférable d’attendre quelques jours… C’est pourquoi, à chaque réunion du conseil, nous mettons à l’ordre du jour le point « évaluation des prédications ». Cela vaut également pour les autres enseignements bibliques et catéchétiques qui se donnent à l’Église.

d. Les anciens soutiennent le pasteur🔗

Je donnerai ici un exemple de soutien que je reçois régulièrement de nos anciens depuis des années. Lors des études bibliques et des enseignements du catéchisme pour adultes, il y a des temps d’échanges où les participants peuvent faire des commentaires ou poser des questions. Parfois, certaines questions sont plus difficiles, et parfois, certains commentaires peuvent se mettre à déraper. Les anciens dans l’assistance interviennent au besoin, avec des paroles appropriées, pour ramener la discussion sur le terrain plus conforme à la saine doctrine ou pour soutenir ce que je dis si quelqu’un se met à contester mon enseignement. Évidemment, ce soutien n’est pas inconditionnel, je suis moi-même stimulé par leurs interventions à demeurer intègre au dépôt de la foi qui a été transmis aux saints une fois pour toutes (Jude 1.3). Ce soutien est très apprécié et très encourageant. Il permet aussi à toute l’assemblée de voir que nous sommes unis et que nous allons dans la même direction, ce qui contribue à maintenir des liens de confiance et à éviter que des loups ravisseurs s’introduisent et ne viennent semer parmi nous des doctrines étrangères.

e. Le pasteur bénéficie de l’expérience des anciens🔗

Aucun serviteur de Dieu ne possède la sagesse incarnée. Nous avons tous besoin de l’expérience, de la sagesse et des dons des autres. Cela se voit par exemple durant les visites pastorales. Certaines visites à domicile sont faites par le pasteur seul. D’autres sont faites à deux, un pasteur et un ancien, ou parfois deux anciens. Le pasteur seul peut s’occuper de besoins ponctuels spécifiques : une personne malade, une personne en détresse, une aide pastorale prolongée ou encore une première visite auprès d’une personne qui commence à fréquenter l’Église. Toutefois, le conseil devrait également encourager les visites à deux pour ce qui est des visites régulières annuelles, par exemple. Paître les brebis du Seigneur se fait de manière publique à l’ensemble du troupeau au moyen du ministère de la prédication, mais il se fait aussi au moyen d’une approche personnalisée par des visites pastorales à domicile, chez des individus, des couples ou des familles. La présence du pasteur et d’un ancien démontre concrètement le souci que nous avons pour les brebis du Seigneur. Généralement, le pasteur dirigera la visite, surtout au début de la rencontre : après les salutations d’usage, lecture d’un passage biblique, prière, puis des questions posées pour permettre aux personnes visitées de s’exprimer sur leur foi, leurs défis, leur joie, leurs difficultés. L’ancien interviendra au besoin pour répondre à des questions, donner des conseils ou aider quand le pasteur est en panne. Ses conseils et son expérience enrichiront beaucoup la visite. Souvent, je demande à l’ancien qui m’accompagne de terminer par la prière, ce qui lui permet de présenter au trône de la grâce des besoins, des problèmes ou des sujets de reconnaissance mentionnés durant la visite.

Même si un ancien n’accompagne pas toujours le pasteur durant ses visites, le pasteur ou l’ancien qui effectue une visite présentera un bref rapport de ses visites lors de la réunion suivante du conseil. Il le fera non pas pour commérer ou révéler tout ce qui a été divulgué durant la visite, mais pour exprimer les principaux sujets de reconnaissance et résumer les principales difficultés rencontrées, dans le but que les collègues puissent exprimer leur avis, donner des conseils et prier pour la personne visitée. L’aide pastorale personnalisée à travers les visites à domicile est un véritable travail d’équipe.

f. Les anciens et le pasteur prennent ensemble des décisions🔗

Les anciens et le pasteur prennent ensemble les décisions qui concernent la direction de l’Église. Certaines Églises incluent également les diacres dans le processus, au moins pour certaines questions relatives à la communion fraternelle et l’aide diaconale qu’ils procurent.

Lorsque des jeunes ou de nouvelles personnes se préparent à professer publiquement leur foi, c’est plus souvent le pasteur qui leur donnera l’enseignement catéchétique préalable, mais l’examen aura lieu devant les anciens qui ont la liberté de poser des questions eux aussi. La décision de recevoir la personne est prise par tout le conseil.

Les cas de discipline sont également traités par tout le conseil. Le pasteur ne peut jamais prendre seul la responsabilité d’exercer la discipline ecclésiale officielle envers un membre délinquant. Ce n’est ni sage ni approprié. Les anciens ont un rôle essentiel à jouer dans les étapes de la discipline. L’exercice de la discipline est tellement difficile à faire et nécessite tellement de sagesse que nous ne pouvons pas nous passer de l’avis des frères. Certaines Églises exigent même qu’avant de procéder à l’étape finale de l’excommunication, le conseil local demande l’avis d’une assemblée élargie de collègues pasteurs et anciens de la région, pour s’assurer que tout soit bien fait.

C’est également le conseil des anciens qui nommera des personnes ou des comités à des tâches précises et qui définira leurs mandats : équipe musicale, comité du bâtiment, ménage, comité des finances, repas communautaire, enseignement aux enfants, projets d’évangélisation, etc. Les anciens ne font pas tout, loin de là. Ils délèguent et supervisent l’ensemble de la vie de l’Église en s’assurant du bien-être spirituel de chacun des membres. Toute l’équipe des diakonoi, presbutéroi, épiscopoi, poiménés et didaskaloi y contribue ensemble, dans la complémentarité des ministères spécifiques à chacun, en vue de l’édification de l’Église de Jésus-Christ et de la gloire de Dieu.

Cette tâche est impossible par nos propres forces. Le Seigneur nous encourage dans notre mission en nous promettant d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28.20) et en nous faisant cette magnifique promesse par la bouche de l’apôtre Pierre : « Et lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous remporterez la couronne incorruptible de la gloire » (1 Pi 5.4).

Notes

1. Pour une étude détaillée de l’usage et de la signification de ce mot, voir mon étude intitulée Diakonos et diakonia dans le Nouveau Testament – Les femmes peuvent-elles être diacres ou non?

2. Hendiadys : une figure de rhétorique qui consiste à dissocier une expression unique en deux noms coordonnés.